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Interview de Maurice Leduc sur le blog maçonnique Hiram.be
Interview par Géplu Maurice Leduc, le Grand Maître National de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain se prépare pour sa deuxième année de grande maîtrise (si bien sûr il est réélu lors du Convent qui aura lieu fi n août). Il a accepté de répondre à quelques questions d’Hiram.be le Blog Maçonnique.
Hiram.be : Maurice, comment as-tu vécu ta première année de président de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain ?
Maurice Leduc : Je dirai que cette première année de mandat a été celle de la transition. Transition personnelle d’abord : j’ai durant les premiers mois accueilli la confiance qui m’était accordée et laissé un peu de temps au temps pour observer et comprendre. Je me suis approprié progressivement la fonction de Président et pris pleinement la mesure des responsabilités qui étaient désormais les miennes. J’ai également appris à connaître les Grands Maîtres des autres obédiences et des Fédérations du Droit Humain à l’étranger, et à tisser des liens avec eux. Transition institutionnelle également, car la réforme de notre Fédération, engagée par le précédent Président Sylvain Zeghni, n’était pas totalement terminée à la fi n de son mandat. Le passage à une Fédération de loges avait nécessité une nouvelle écriture de nos Règlements Généraux certes, mais le Règlement des Litiges n’était pas encore actualisé. Ce fut donc un chantier à achever cette année. C’est un aspect administratif crucial. Mais il y aussi un chantier que je qualifierais presque de plus “opératif” lié à cette réforme structurelle : c’est la volonté de donner davantage de place à la parole des Frères et des Sœurs et à leur participation dans la politique fédérale. Avec l’ensemble des Conseillers Nationaux nous avons donc impulsé l’animation régionale,
qui doit pour les années à venir être le levier de la Fédération française. D’une part pour répondre aux attentes et besoins de nos Frères et de nos Sœurs, mais aussi – et je dirai presque surtout – pour aller à la rencontre des profanes. Transition humaine enfin car comme toute réforme générant du changement elle fut l’occasion durant deux ans de débats pour tous, d’oppositions pour certains de mécontentements pour d’autres. Il m’est apparu primordial d’apaiser les tensions, de retrouver la sérénité pour permettre au travail maçonnique d’occuper à nouveau toute la place au sein des loges. Transition humaine également par l’instauration d’une relation de confiance avec le Conseil National afin de construire ensemble une véritable équipe où les qualités et compétences de chacun peuvent s’exprimer. J’en garde le souvenir d’une année de travail, chronophage, pleine de découvertes, de quelques surprises pas toujours heureuses mais dans l’ensemble d’une année enrichissante faite, surtout de belles rencontres et cela n’a pas de prix.
Hiram.be : La fonction correspond-elle à l’image que tu t’en étais faite ?
Maurice Leduc : Dans l’ensemble oui. Toutefois je ne l’avais pas imaginé aussi prenante psychiquement. C’est une fonction qui m’a laissé peu de temps pour des activités personnelles. Est-ce moi qui me suis laissé envahir, qui n’ai pas su mettre une distance suffisante ? Peut-être, pourtant je n’ai pas eu l’impression de pouvoir faire autrement et je dois reconnaître que la Fédération Française est devenue ma préoccupation principale. Je ne le regrette pas, c’est une expérience unique que j’ai la chance de pouvoir vivre. J’ai constaté aussi combien la fonction est respectée par les Frères et Soeurs et combien cette incarnation est importante à leurs yeux. J’accepte ce ressenti de leur part, comme un honneur et surtout comme une triple responsabilité : celle d’en être digne et de ne pas les décevoir, celle de les représenter à la hauteur de leurs attentes, celle enfi n d’engager la Fédération dans une voie de développement.
Hiram.be : Durant cette première année, quelles ont été les satisfactions, les déceptions ?
Maurice Leduc : La plus grande satisfaction ce sont les journées organisées au siège de la Fédération rue Pinel pour les Frères et Sœurs Apprentis et Compagnons de différentes régions. Journées de découvertes de la Fédération, des locaux de la Maison Maria Deraismes et de la rue Jules Breton. Ce sont des moments d’échanges exceptionnels avec des Frères et Sœurs enthousiastes, spontanés, jeunes francs-maçons curieux et avides de connaissance et de fraternité. Ces rencontres sont extrêmement motivantes, vivifi antes et énergisantes, elles confortent le bien fondé de notre démarche initiatique. Une autre grande satisfaction est le projet « La Fabrique » que j’ai proposé dès septembre 2025 et qu’un Conseiller National a coordonné au-delà de mes espérances. L’idée était de faire appel à quelques volontaires pour rechercher quels pouvaient être les quatre enjeux principaux pour notre Fédération dans les années à venir. Je crois à la participation de chacun et à l’intelligence collective, qui fait émerger bien davantage que la simple addition des idées individuelles. Elles favorisent une vision plus riche et plus nuancée des situations, des solutions plus créatives et plus innovantes, un engagement plus fort de chacun, une capacité d’adaptation accrue face aux changements et aux difficultés. Ce projet a fédéré 80 Frères et Sœurs de régions différentes, de grades différents. Ils ont, en conformité avec la commande, dégagé quatre enjeux qui sont : aller à la rencontre de la jeunesse, éviter la démission des Maîtres, oser se dévoiler, accompagner les loges à petit effectif. La communication qui en a été faite à ce stade a d’ores et déjà reçu un accueil très favorable. Aussi, au-delà de la réflexion nous invitons désormais tous les volontaires à se joindre au projet afin de témoigner d’expériences à modéliser ou d’actions à concrétiser. Je suis persuadé que par rebond, « La Fabrique » sera aussi source d’un développement du sentiment d’appartenance à la Fédération Française du Droit Humain. Une de mes déceptions est de constater que le monde profane s’invite de plus en plus dans l’espace et le temps sacrés et que certains oublient de laisser leurs métaux à la porte du Temple. Notre démarche initiatique est une démarche de perfectionnement susceptible de nous rendre plus justes, plus fraternels, plus respectueux, plus tolérants, mais… cela ne s’observe pas toujours dans les loges. Même si, bien entendu, c’est très minoritaire au regard du nombre de Frères et Sœurs, je considère toutefois que c’est malgré tout de trop.
Hiram.be : Dans quel état d’esprit vas-tu aborder ta seconde année ? Quelles seront tes priorités ?
Maurice Leduc : J’ai trois priorités pour l’année qui vient. Je souhaite accompagner le changement dans le prolongement de ce qui a été initié durant ces trois dernières années et dans l’esprit de « la Fabrique » : construire avec les Frères et Sœurs de la Fédération française un projet pour les cinq ans à venir. Dans le milieu professionnel qui a été le mien, le secteur médico-social, nous avons des projets associatifs et d’établissements à cinq ans dans lesquels nous rappelons nos valeurs, définissons nos objectifs, les moyens pour y parvenir et les évaluer. Je trouve le modèle pertinent pour construire ensemble les étapes du chemin que nous souhaitons emprunter en gardant pour but la démarche initiatique. Je veux aussi investir davantage l’aspect relationnel de ma fonction : à l’interne, en multipliant les rencontres avec les Sœurs et les Frères, et à l’externe, en développant les rencontres inter-obédientielles au niveau national comme européen. Pour le dire d’une manière générale, je souhaite axer mon action sur la rencontre et la communication. Enfin, la priorité qui me tient le plus à cœur est de développer le sentiment d’appartenance des Sœurs et des Frères à la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain. Parce que notre Fédération, par son histoire, ses valeurs et son action le mérite. Cela demandera temps, patience et tact.
Hiram.be : Le DH est la seule obédience à stagner voire à baisser en effectifs depuis la crise COVID. Quelles en sont les raisons ?
Maurice Leduc : La période COVID a provoqué des dégâts dans les effectifs de la Franc-Maçonnerie française et je pense que personne n’y a échappé. Il a fallu amortir le choc et progressivement retrouver une dynamique. Certains le font peut-être avec plus de bonheur que d’autres. Je dis “peut-être” car la question des effectifs est une question sensible et chacun cherche à donner une belle image de son organisation. C’est ce qui s’est passé pour notre fédération. Je ne juge pas mes prédécesseurs mais à vouloir embellir la mariée d’année en année le chiffre des effectifs s’est éloigné de la réalité. Souhaitant être transparent et dans un contexte de transformation fédérale qui nous a permis de toiletter les statistiques, en supprimant des doublons, en actant des démissions non officialisées, le chiffre de cette année en ce qui nous concerne laisse supposer une baisse de 5% en un an. Ce n’est pas conforme aux mouvements constatés durant les douze mois écoulés. Cela vient plutôt des rectifications effectuées et de la sincérité de la déclaration. Grâce à cette rigueur et à cette transparence, nous pourrons en toute objectivité regarder l’évolution de nos effectifs en 2026 à partir d’une réalité. Nous pourrons en reparler en février 2027.
Hiram.be : Le fait que le GODF initie maintenant aussi les femmes gêne-t-il le Droit Humain ?
Maurice Leduc : Il est évident que l’ouverture de certaines loges du GODF à l’initiation des femmes impacte notre recrutement. Toutefois, l’important est que des hommes et des femmes s’engagent sur le chemin initiatique, que ce soit au GODF, au Droit Humain ou ailleurs. Je crois au bienfait de notre méthode et je me réjouis pour toute initiation. Mais il y a une spécifi cité du Droit Humain qui est essentielle : nous sommes le premier Ordre à avoir initié des femmes et la mixité est constitutive de notre Ordre au même titre que l’Internationalité. Entrer au Droit Humain n’est pas seulement une voie initiatique, c’est aussi une aventure humaine commencée il y a 138 ans qui s’est construite pierre après pierre et qui participe à ce que nous sommes aujourd’hui. Travailler en mixité au Droit Humain c’est à la fois une démarche spiritualiste et symbolique et une démarche sociétale qui nous permettent de rester fidèles à l’esprit de nos fondateurs.
Hiram.be : Quelle image as-tu de la Franc-Maçonnerie française ?
Maurice Leduc : La franc-maçonnerie française présente une grande diversité d’obédiences et d’ordres qui rassemblent des hommes et des femmes autour d’une démarche de réflexion, de perfectionnement, et souvent autour d’un engagement humaniste. Cette diversité me parait comme la langue d’Esope : bonne et mauvaise à la fois. Bonne car chacun peut trouver, en fonction de ses affinités et de ses convictions, l’organisation qui semble le mieux lui convenir : mono-genre ou mixité, choix du rite, orientation spiritualiste ou sociétale, nationale ou internationale, plus ou moins grande autonomie des loges… C’est un peu comme à la Samaritaine : « on y trouve tout ». Bonne car elle a préservé sa vocation initiatique, et dans une société où les réseaux sociaux et l’immédiateté sont prépondérants et favorisent la réaction émotionnelle plutôt que la raison, elle propose un temps de silence, de réflexion et de travail sur soi. Bonne car elle défend les valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité ainsi que de laïcité, de liberté de conscience et de dignité. Mauvaise, car à mon avis trop de diversités et de sensibilités différentes nuisent à sa visibilité, à sa pleine reconnaissance. Je pense que, dans un monde traversé par les incertitudes et les remises en question, la franc-maçonnerie française gagnerait à une plus grande unité pour proposer sa démarche à celles et ceux qui aujourd’hui sont en recherche de sens. Mais ce n’est qu’un avis, alors regardons avant tout le positif.