Quelle école pour quelle société ?

« Nous naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d’assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n’avons pas à notre naissance et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l’éducation ».

(Jean-Jacques Rousseau : L’Émile).

« Offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs. Assurer à chacun d’eux la facilité de perfectionner leur industrie, de se rendre capables des fonctions sociales auxquelles il a droit d’être appelé, de développer toute l’étendue des talents qu’il a reçus de la nature, et par là établir entre les hommes une égalité de fait, et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi. Tel doit être le premier but d’une instruction nationale ; et sous ce point de vue, elle est pour la puissance publique un devoir de justice ».

(Condorcet : Rapport sur l’instruction publique présenté à l’Assemblée Nationale législative les 20 et 21 avril 1792).

CPS Fiche n°7 – Quelle école pour quelle société

Les deux citations ci-dessus reflètent les principes de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN. Elles nourrissent notre réflexion sur les valeurs que le Droit Humain proclame et défend : l’égalité de l’homme et de la femme, la liberté, la justice sociale, l’ouverture, la tolérance, la solidarité, la fraternité.

Selon nos valeurs humanistes, l’Homme doit être au cœur de tout projet de société. Nous pensons qu’il est capable de progresser individuellement par l’éducation et collectivement pour construire une société meilleure.

L’École est au fondement même de cet idéal. Ses missions fondamentales, intemporelles et universelles sont le développement intellectuel et la socialisation de tous les jeunes. Elles ne peuvent s’accomplir qu’à travers la transmission des valeurs.

La croissance actuelle des inégalités est contraire au principe d’égalité républicaine que défendent les Francs-Maçons. Il est donc nécessaire que, dès leur plus jeune âge, tous aient un accès égal à l’École pour s’intégrer à la société uniquement sur des critères de compétence et de mérite.

On peut retenir trois axes importants :

1.UN IMPÉRATIF : FAIRE SENS

D’une part, l’enseignement de masse pose un défi qualitatif au service public : comment éviter l’effet pervers d’un enseignement dit « à deux vitesses » ?

D’autre part, le public scolaire a changé ; pour diverses raisons, nombre de familles n’assurent plus le relais culturel ; par ailleurs, les enfants et adolescents actuels acceptent de moins en moins des contraintes perçues comme arbitraires : l’enseignement doit donc impérativement «faire sens». L’école doit créer des besoins intellectuels chez l’élève, en faisant une plus grande place au concret, à l’expérimentation et à la démarche inductive comme c’est le cas dans d’autres pays d’Europe.

L’école est un lieu où l’on doit apprendre à comprendre tout autant qu’apprendre à réussir.

2.UNE ÉCOLE COHÉRENTE ET SOLIDAIRE

L’enseignement ne peut faire sens que dans une école cohérente et solidaire.

Une école cohérente est une école dont les parcours sont à la fois lisibles et réversibles et où les champs disciplinaires ont fait l’objet d’un remembrement.

Une école sans cloisons étanches entre les cycles, en prise directe avec l’université, est une école qui s’alimente des pratiques pédagogiques des connaissances produites par la recherche. La pédagogie n’est pas une qualité innée ; elle s’apprend par la pratique certes, mais aussi par la formation.

Une école cohérente, c’est enfin la synergie entre le corps enseignant et les familles pour dépasser l’alternative aujourd’hui stérile éduquer/instruire. L’éducation est une relation. On éduque comme on instruit. Instruire relève tout autant d’une didactique que d’une éthique.

Une école solidaire est une école qui réunit. C’est une chaîne de maillons transmettant des valeurs humanistes. Cette école s’oppose à la logique d’entreprise qui contamine depuis quelques années le service public avec surévaluation permanente, mise en rivalité des établissements par publication de « palmarès », valorisation de la performance, obsession des classements européen et mondial.

La solidarité est compatible avec l’émulation, elle ne l’est pas avec la concurrence. L’élitisme républicain est le développement du meilleur en chacun et non la sélection de quelques uns.

Elle relie favorisés et défavorisés, valides et handicapés, malades et bien portants, libres et détenus ; elle relie les générations (apprentissage tout au long de la vie, intervention des adultes voire des seniors dans les établissements). Compte tenu du succès des « cordées de la réussite » et d’autres dispositifs analogues, il est urgent d’étendre le principe du tutorat.

Accepter d’être aidé comme accepter d’aider, c’est reconnaître la différence à l’autre dans la construction d’un bien commun. Apprendre à expliquer constitue une étape de l’élaboration de la connaissance.

3.DE L’IDENTITAIRE A L’UNIVERSEL : CONSTRUIRE LE CITOYEN DU XXIe SIÈCLE, CITOYEN DU MONDE

Face à la montée actuelle de divers particularismes et intégrismes souvent nés de la désorientation, il faut rappeler que la liberté s’apprend, celle de penser tout d’abord ainsi que la démocratie. L’une comme l’autre s’apprennent à tous les âges et à tous les niveaux.

L’enfant doit se situer dans les cercles parfois concentriques où se construisent ses appartenances ; il doit comprendre peu à peu les limites de son champ d’action et d’interaction avec ses semblables, décrypter où sont les leviers du vrai pouvoir, c’est-à-dire -au-delà des formes- la substance même de la démocratie. Pour cela, l’instruction civique doit aborder les aspects procéduraux de la démocratie : les grandes institutions républicaines et le suffrage universel d’une part et d’autre part les divers échelons de prises de décisions depuis l’aménagement du territoire jusqu’à la géopolitique.

Consubstantielle à la démocratie, la laïcité est un principe auquel nous sommes attachés. Hier, la séparation des pouvoirs visait à s’affranchir de la tutelle des prêtres dans une France fille aînée de l’Église. Aujourd’hui, l’enseignement du fait religieux, qui peut souvent se faire à travers les arts et l’histoire, permet de dépassionner les attitudes sans que la religion devienne l’objet d’une « omerta ».

La laïcité, non pas imposée comme un dogme mais rendue naturelle par une pratique quotidienne, est à même de faire vivre en bonne entente des êtres humains aux convictions différentes. Il est impératif que l’exercice de cette valeur débute dès l’école maternelle et se poursuive tout au long de la scolarité.

Enfin, comment faire comprendre que les particularismes doivent s’effacer devant l’intérêt général ? Certainement pas en imposant cette idée ni en évitant tout ce qui n’est pas consensuel, mais en permettant aux élèves de confronter leurs opinions dans de réels débats d’idées.

Seule l’école laïque et républicaine, facteur d’émancipation sociale et intellectuelle, rend crédible un idéal humaniste, visant le bien être et l’épanouissement de l’humain et œuvrant à un universalisme.

Chacun doit se sentir « citoyen du monde », héritier d’une culture universelle, mais aussi acteur de sa propre destinée.

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