Islam et Laïcité

RESONANCE DU MOT LAÏCITE

INTRODUCTION

Pour certains jeunes citoyens français de confession musulmane, mais aussi d’autres citoyens, le mot laïcité signifie : ce qui est contraire à la religion, et même contre une religion en particulier : l’Islam.

Ainsi, pour les jeunes qui nous intéressent ici, la laïcité entrerait en conflit avec leur religion, induisant le sentiment d’un manque de respect.

UN CONSTAT COMPLEXE

Dans notre société du XXIe Siècle, la diversité des cultures, des religions et des philosophies rend de plus en plus complexe le vivre-ensemble dans la paix démocratique.

Comment faire respecter la liberté de conscience et l’égalité de tous sans en appeler au principe de laïcité ?

En termes de législation, la conviction de faire des lois pour régler tous les problèmes, tout en satisfaisant les uns et les autres, ne suffit pas en l’absence d’une pédagogie diffusée à tous.

La République sait-elle se faire des alliés des Français issus de l’immigration qui ont parfois des trajectoires tout aussi méritoires, que celles de la population française de souche ? Combien légitime est leur déception de se savoir diplômés et cependant non reconnus dans leur altérité ! Non comptant le plan Vigipirate qui les stigmatise tout particulièrement.

Il existe dans notre pays toute une génération de Français issue de l’immigration « fatiguée » de l’exclusion et de la discrimination à l’emploi, au logement, et qui risque de baisser les bras.

Pour certains, « baisser les bras », c’est se tourner vers leurs communautés dans une attitude de repli, en tournant le dos à la République, en ne croyant plus à ses valeurs. « Votre devise (Liberté, Egalité, Fraternité) n’est pas pour nous », disent-ils.

Ceux qui résistent et vivent dans l’espoir d’être respectés pour leur compétence et dans la dignité, nous interpellent en déclarant « vivre en insécurité républicaine, dans un désenchantement… »

Pour une minorité de jeunes de la 4ème génération d’immigration française, sortis du système scolaire avant l’âge légal, le mot « laïcité » est inconnu ou détourné pour remettre en cause l’un des fondements de notre société, il est synonyme d’arnaque !

Nous constatons que beaucoup d’autres vivent un malaise permanent : ils sont français mais nous ne les reconnaissons pas comme tels, et ils se sentent cantonnés à leur seule communauté. Alors le risque est grand pour certains, dans l’errance et l’oisiveté parfois subie, d’être happés par des sermonnaires doctrinaires radicaux. La laïcité devient pour eux le bras séculier du prosélytisme, et/ou un produit du Judaïsme et de la Franc-Maçonnerie.

Ainsi, nous assistons de loin, impuissants, à une islamisation obscurantiste dans certains quartiers des grandes villes, et les esprits de ces jeunes se « talibanisent ». Il y a même des écoles non officielles qui donnent des cours de religion à des enfants d’école primaire. A noter que, dans ces quartiers, le taux de chômage et d’échec scolaire est bien au-dessus de la moyenne nationale.

LAÏCITE ET DEFENSE DES HERITAGES CULTURELS NE SONT PAS ANTINOMIQUES

La majorité des citoyens français de confession ou de culture musulmane a adopté la laïcité. Cette majorité ne se reconnait pas dans cette jeunesse à l’idéologie douteuse d’inspiration salafiste ou wahhabite qui se focalise sur des règles vestimentaires et alimentaires.

La majorité des citoyens français de tradition musulmane tient à la laïcité qui leur offre la possibilité de pratiquer ou pas, leur permet de réfléchir sur cette tradition en regard d’autres façons de penser.

La majorité des citoyens français de confession ou de culture musulmane comprend la laïcité comme une garantie juridique et une neutralité de l’Etat dans tous les établissements publics, ces citoyens n’aspirent qu’à la tranquillité. La laïcité c’est le vivre-ensemble, avec ou sans le voile, qui n’est pas forcément mauvais une chose, disent-ils, mais ils réclament des imams francophones.

Pourtant ces mêmes citoyens s’inquiètent de constater la présence croissante d’un « salafisme tentaculaire », qui divise les hommes et les femmes, divise les femmes entre elles. Des jeunes filles de 20/25 ans nommées « les VRP de la conversion » disent clairement ne plus vouloir saluer celles qui ne portent pas le voile. Et le nombre de ces converti(e)s va croissant.

NOTRE EXIGENCE REPUBLICAINE FERAIT-ELLE DEFAUT DES LORS QU’IL S’AGIT DE L’ISLAM ? DE QUOI AURIONS-NOUS PEUR ?

Peur d’être laxistes, discriminants, anti-laïques, islamophobes ? Peur de ces extrémistes qui excellent dans l’art de la manipulation mentale envers nos jeunes en manque de repères ?

Nous ne pensons évidemment pas que l’Islam interdise aux jeunes toute intégration potentielle, une telle pensée en effet conforterait la position des groupuscules radicaux qui disent déjà aux plus fragiles : « Etre français ne vous permettra jamais d’être de bons musulmans », d’où cette notion de « résistance musulmane » qui émerge dans certains quartiers. Aussi le fait religieux, au lieu de relier, est-il détourné pour être utilisé comme barrière entre le jeune et le reste de la société. Et Les plus fragiles de ces jeunes, trouvent au sein de ces groupes radicaux, un système social et une référence identitaire.

Au nom de la liberté de conscience, et parce qu’ils se sentent abandonnés, certains élus locaux ont délégué la gestion des quartiers défavorisés aux religieux. Ainsi l’utilisation qu’en font certains aboutit à une religion vecteur de séparation et d’inégalité, surtout si l’Imam, étranger et ignorant de notre législation, n’est pas à même et/ou enclin à faire respecter les principes républicains.

QUELLES SOLUTIONS ?

Par la communication, le dialogue, le respect d’autrui, il est urgent que tous les services publics manifestent à nouveau leur présence dans les quartiers défavorisés, à condition que leur protection soit assurée, ce qui suppose tant un effort économique et un travail de pédagogie que le courage et la volonté politiques.

« L’injection » du principe de laïcité ne peut se réaliser qu’avec la complicité, l’implication et les efforts de tous, en privilégiant aussi l’éducation populaire selon Condorcet. Faire aimer la République et la France dès le plus jeune âge pour faire naître « un autre possible pour tous »

Donnons aux éducateurs, aux parents, aux professeurs, les outils de valorisation de leurs tâches éducatives, l’enjeu est collectif et impératif.

Ne tolérons plus, sous prétexte d’Islam, des comportements d’incivilité et d’incivisme, qui mettent en péril les valeurs républicaines, nuisent à la laïcité et entravent l’égalité. Ces insultes, ces violences morales au quotidien, les tolérerions-nous chez d’autres ?

Arrêtons de laisser « rebaptiser » la marche pour l’égalité en « marche des Beurs », le marché de Noël en « marché d’hiver ».

Cessons de discriminer « les sans-porc » dans les cantines scolaires, et proposons à tous viande ou poisson ou œufs, pour qu’il n’y soit plus question de religion.

Cessons de faire l’amalgame entre immigré et musulman et pensons en termes de citoyens français.

Sachons identifier ce besoin de reconnaissance, sans sous-estimer la légitime revendication à l’égalité.

Recherchons des solutions qui, sans introduire la stigmatisation, profitent à tout le monde.

L’exigence républicaine accorde à tous les mêmes droits et réclame d’eux les mêmes devoirs, dans une exigence identique pour que triomphent la liberté et l’égalité.

Nous Francs-Maçons, dans ce « pluralisme citoyen » qui nous place au cœur de la communauté de nos concitoyens, nous reconnaissons la volonté qui nous anime de rendre plus juste et plus fraternelle la société dans laquelle nous vivons.

CONCLUSION :

RESTONS PRUDENTS, PRENONS GARDE DE NE PAS DENONCER L’ISLAM EN TANT QUE TEL.

Autant nous devons condamner énergiquement les comportements fanatiques, autant nous devons mettre en pratique notre Fraternité en allant vers la jeunesse « en mal de vivre » défavorisée, méprisée, pour l’écouter et lui transmettre les valeurs humanistes que nous défendons, avant qu’elle ne réponde aux sirènes « intégristes ». Nous avons le devoir d’œuvrer pour que l’égalité des chances ne devienne pas « un concept de ministère », et que l’avenir des Français, quelle que soit leur origine, ne se révèle pas «  un cul de sac ».

Sources :

Adjoint au Maire Avignon

Responsable jeunes en TIG Tribunal Avignon

Directrice CAS quartier défavorisé

D. Bouzar, anthropologue

H. Chalgoumi, Imam Drancy

G. Bencheikh, HCI

Jeunes issus immigration

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