Discours de Michel Meley “Femmes et Société” 30 mai 2015 à la Mairie de Paris

Michel Meley Président du Conseil National Droit Humain Fédération Française Obédience Mixte Franc-maçonnerie

Mesdames, Messieurs, chers amis, mes SS et mes FF

«  Soumise au code des forts et des superbes, on lui impose plus de devoirs et on lui donne moins de droits » ; ainsi s’exprimait Maria Deraismes à propos des femmes le 14.01.1882, jour de son initiation.

Depuis toujours, l’histoire de l’humanité a été marquée d’une discrimination à l’encontre des femmes.

Platon, dans « Timée » l’accusait, « à la différence de l’homme » de porter « en son sein un animal sans âme »…..et les religions monothéistes ont emboîté le pas.

Une telle analyse qui a longtemps perduré demeure encore vivace chez certains, maintenant la dépréciation des femmes et leur totale dépendance.

La Franc-maçonnerie naissante n’avait pas échappé à cet ostracisme.

Alors qu’elle ambitionnait être « le centre de l’union », elle n’eut pas raison des différences de genre, en un temps où la femme était une éternelle mineure sous la tutelle de son père, de son mari et toujours de l’Eglise.

Bossuet (1627-1704) l’avait clairement exprimé ( dans son « Catéchisme »)pour justifier la loi salique, en notant que «  le peuple de Dieu n’admettait pas à la succession (royale) le sexe né pour obéir ».
Dès lors, on comprend que la lutte des femmes pour obtenir quelques droits soit fort ancienne

Comme d’ailleurs les traités et discours sur « l’excellence des femmes » qui depuis le 15° siècle, attestent de l’engagement de quelques hommes à leur côté , dont Martin Lefranc (1440), Cornélius Agrippa ( 1486- 1535) , François Poullain de La Barre et quelques autres.

Il s’agissait là des balbutiements du « pré-féminisme européen » sous forme non pas d’actions coordonnées mais de prises de position individuelles d’hommes et de femmes de convictions.

Le siècle des Lumières et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen  ont fait naître un grand espoir, mais rien n’a été fait, ou si peu pour reconnaitre et valoriser la place des femmes au-delà de leur rôle traditionnel d’épouse ou de mère, sinon en leur reconnaissant quelques droits civils.

Ainsi Olympe de Gouges pouvait-elle dire à bon droit dans le postambule de sa « Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne »:

« Je remarque que dans les luttes, les femmes doivent toujours lutter deux fois plus que les hommes : une fois avec les hommes, pour le changement de régime, et la deuxième fois pour qu’elles ne soient pas en reste du changement ».

Au total, ce n’est guère qu’à la fin du 19° siècle que le mouvement féministe prendra de l’ampleur, affirmant que toute femme doit pouvoir poursuivre la voie qu’elle a choisie, sans entrave ni discrimination et qu’elle doit pouvoir accéder aux libertés fondamentales civiles, sociales et politiques.

On l’aura compris, il s’agit alors de mettre fin à une contradiction née de la révolution française : l’affirmation des principes universels d’égalité et la situation réelle des femmes qui demeurent des citoyens de seconde classe.

Aux côtés d’Hubertine Auclair, Madeleine Pelletier…….s’illustrèrent Louise Michel mais aussi Maria Deraismes, Clémence Royer, Marie Bonnevial, Maria Pognon, Marie Becquet de Vienne qui devaient être les premières initiées de la Franc-maçonnerie mixte Le Droit humain en 1893.

Très vite ce mouvement prit de l’ampleur à partir de multiples publications, journaux et congrès comme il bénéficia , entre autres, du soutien de V.Hugo, Léon Richer et Georges Martin.
Il s’oppose à la transformation des différences en inégalités sociales et refuse la  norme masculine comme « norme de référence et de révérence ».

Après des siècles d’exclusion les femmes revendiquent haut et fort l’accession aux champs sociaux , économiques, politiques et culturels.

Cette plénitude fait rêver. Des humains libres et égaux, qui se répartissent équitablement le pouvoir, sans distinction ni discrimination de genre, car la première égalité est bien celle des hommes et des femmes, cette égalité que l’ONU retiendra parmi les 8 objectifs du millénaire pour le développement, suivant en cela la Déclaration et le Programme d’action adoptés il y a exactement 20 ans à Béjing (Pékin) pour les gouvernements qui se sont engagés à promouvoir activement le droit des femmes ;
car l’inégalité dans la sphère privée mine l’égalité dans le domaine public,
car seules des femmes émancipées pourront donner naissance à des générations d’Hommes vraiment libres.

C’est insister en filigrane sur le rôle majeur de l’éducation, notamment celle des plus jeunes ; les préjugés doivent en effet être combattus très tôt.

Il y eut à l’évidence des exemples de progrès et d’efforts visant à assurer l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes.

Ainsi, notre histoire politique et sociale reflète-t-elle un mouvement d’émancipation féminine progressive ( protection contre le travail abusif au nom de leur rôle de mère, protection contre l’époux, reconnaissance d’un statut civil propre, octroi des droits politiques, ouverture progressive des études et des emplois, loi sur l’IVG )

Entre 1981 et 2012 en France, plus de 28 lois et 400 textes concernant leurs droits traduisent une dynamique environnementale et législative, les textes les plus récents traitant de l’égalité professionnelle et de la gouvernance.

Cependant, il reste de nombreux défis de taille que nous devons relever à l’échelle nationale, européenne et mondiale.

Ils se heurtent encore à la non mixité de nombreux métiers qui cantonne près de la moitié des femmes (49,8%) dans 12 des 87 familles professionnelles ; elles occupent la majorité des emplois les moins qualifiés du secteur tertiaire, subissent davantage le chômage et le temps partiel non choisi.

Leurs salaires sont moindres, de même que leurs retraites.

Elles sont encore minoritaires parmi nos élus comme au niveau des directions des entreprises et de la haute fonction publique

L’injustice et la discrimination à l’égard des femmes persistent partout, et n’oublions pas les actes de violence dont près de 70% sont victimes au cours de leur vie, depuis les plus odieux jusqu’à ceux entrant dans la banalité du quotidien.

Cette situation tient au regard porté sur elles par la société comme au poids des stéréotypes que beaucoup d’entre elles ont intériorisés.

Ce n’est pas les femmes qu’il faut changer mais nos mentalités et nos structures d’emploi notamment les entreprises alors que de plus en plus de statistiques démontrent l’impact positif de la mixité sur leur compétitivité.

En résumé, il aura donc fallu bien des années de luttes, de batailles, d’opiniâtreté entre l’engagement militant des pionnières et l’accession des femmes françaises à la plénitude de leurs droits civiques ( 1965)

Beaucoup de chemin reste encore à parcourir de l’égalité en droits à l’égalité de fait.

C’est un travail commun dont les hommes ne peuvent ni ne doivent s’exclure puisqu’il existe bien une hiérarchisation du masculin sur le féminin avec «  monopolisation par les hommes des ressources matérielles, politico-symboliques, organisationnelles, coercitives et répressives » ainsi que l’exprime Bérengère Marquès Pereira.

A L’ECHELON EUROPEEN ET MONDIAL LA PROBLEMATIQUE FEMININE N’A PAS ETE UNE PRIORITE….L’EST-ELLE DEVENUE ?

L’un des marqueurs premiers d’une société, est bien le sort qu’elle réserve aux femmes dont la promotion est un facteur déterminant.
L’égalité des genres, la satisfaction des revendications féminines sur le contrôle de leur corps et de leur sexualité  sont la passage obligé de tout projet de société véritablement démocratique.
Gardons-nous cependant de vouloir donner des leçons à quiconque alors qu’en France les dispositions qui assuraient le contrôle de l’égalité professionnelle et salariale dans le Droit du Travail disparaissent de la « loi sur le dialogue social »qui vient d’être présentée à l’Assemblée Nationale par Mr F.Rebsamen.
Gardons-nous de vouloir donner des leçons alors que les institutions européennes sont loin d’être un modèle :

  • 33% de femmes à la Commission Européenne
  • 27% dans les Parlements Nationaux
  • 36% de femmes au Parlement Européen
  • 5 femmes chef d’Etat ou de gouvernement en Europe

Cependant les lignes bougent.

Alors que le rapport d’Edite Estrella avait été refusé par le Parlement Européen sous la pression des lobbies, notamment religieux, celui de Marc Tarabella en faveur de l’égalité hommes – femmes fut adopté le 9 Mars 2015.

C’est incontestablement un pas en avant, bien que l’Europe puisse seulement encourager les états membres à aller en ce sens, sans pouvoir les y contraindre.

C’est un immense espoir pour toutes les femmes de voir un jour leurs droits reconnus et de façon égale dans tous les états membres de l’Union Européenne.

Dans une vision plus large, force est de constater que « l’identité féministe se forge à travers une mondialisation des pratiques et des discours ».

Le mouvement féministe se professionnalise, entretient des rapports avec les groupes alter mondialistes et s’ouvre à la diversité ethnique et sexuelle.

Ainsi que le disait Françoise Héritier , « il faut faire comprendre à l’autre moitié du monde, celle des hommes, qu’il y a aussi à gagner à l’émancipation des femmes et pas seulement à y perdre »

Un grand travail reste à faire, car les résistances sont difficiles à vaincre.

Pourtant, ce qui est en jeu, c’est le respect de la dignité humaine des femmes.

Plus que la recherche de parité, la mixité vraie est le but à atteindre.

Hommes et femmes à égalité de droits, de devoirs et de responsabilité…..ce sera la mixité en action, une mixité vraie portée par la raison humaniste et par le cœur.

C’est donc un vibrant appel à tous car, pour paraphraser Jaurès, ce n’est pas seulement par la force des choses que s’accomplira la révolution sociale. C’est par la force des hommes et des femmes, par l’énergie des consciences, des cœurs et des volontés.

Michel Meley Président du Conseil National de la Fédération Française du Droit Humain

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