Changements climatiques et démographie

Quelles agricultures dans le respect des droits humains ?

Climat-agriculture DH 2015CPS

Changements climatiques, nécessité de préserver le patrimoine naturel et la biodiversité, progression de la population mondiale : trois réalités incontournables qui contraignent l’agriculture à s’adapter. Cette évolution doit se faire dans le respect des droits humains fondamentaux, tels qu’ils figurent dans la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, dignité, égalité des droits, justice sociale.

Relever ces défis impose de penser la planète comme un espace de solidarité, de prendre appui sur le droit à l’alimentation, l’accès à l’eau et à la terre pour les paysans, le droit à la sécurité alimentaire pour les Etats.

L’humanité, confrontée à des enjeux universels, ne peut se permettre de choisir un type de développement agricole qui, au-delà d’effets bénéfiques immédiats sur les productions, ne serait pas durable sur le long terme compte tenu des évolutions climatiques annoncées.

Les conséquences des changements climatiques sur les agricultures

1. L’agriculture et l’alimentation menacées.

Par les gaz à effet de serre qu’elles dégagent massivement, les activités humaines constituent un facteur important de cette évolution du climat. La part de l’agriculture dans ces émissions, agroalimentaire et transport compris, dépasse les 30%.

Le réchauffement annoncé aura des conséquences de grande ampleur, durables et profondes entraînant des bouleversements des grandes zones de productions agricoles.

A l’échelle de la planète, le changement climatique aura des effets contrastés selon les régions :

  • certaines, comme la Russie, le Canada, la Chine du nord, pourraient en être bénéficiaires grâce à de nouvelles opportunités de productions, avec toutefois des risques écologiques importants par le dégagement massif de méthane piégé dans le permafrost, ou par des érosions à grande échelle.

  • en zones intertropicale et Méditerranéenne, les conditions de la production agricole se dégraderont, en raison de profondes modifications des régimes de précipitations et de l’augmentation des phénomènes climatiques extrêmes (sécheresses, cyclones)

  • les régions tempérées connaîtront simultanément des avantages et des inconvénients sans qu’il soit possible de déterminer globalement lesquels prédomineront.

Ces changements climatiques auront, dans les cas les plus défavorables, des effets sur les systèmes de production et les systèmes alimentaires:

  • baisse des rendements, baisse de fertilité et dégradation des sols, risque accru d’érosion et de désertification qui aggraveront la précarité des populations rurales les plus vulnérables.
  • apparition de nouvelles maladies des plantes, des animaux et des hommes due à une plus grande mobilité des organismes pathogènes.
  • augmentation de la pression foncière (les paysans cherchant à cultiver plus de surface pour compenser la baisse des rendements et minimiser les risques face à des aléas croissants).
  • menaces de submersion et de salinisation de terres en raison de la montée du niveau des océans.
  • mise en danger des agricultures familiales traditionnelles confrontées à la rapidité du rythme des changements climatiques.

2.Les droits humains menacés

Ces évolutions affecteront la capacité de l’humanité à se nourrir. Les bouleversements de l’environnement pourraient entraîner de grands changements géopolitiques, d’immenses vagues de migration, de terribles drames humains, des guerres et conflits pour le contrôle de la terre et de l’eau, de cyniques spéculations sur les denrées agricoles enrichissant quelques- uns et ruinant le plus grand nombre. Autant de facteurs susceptibles de nuire aux respects des droits humains fondamentaux. De surcroît près d’un milliard d’êtres humains, pour l’essentiel des paysans, souffrent déjà de la faim. En 2050, notre planète comptera autour de 9 milliards d’habitants. Ce défi démographique est alourdi par le défi climatique. Si l’humanité ne parvient pas à relever ce double défi dans un esprit de justice sociale, d’égalité, et dans le respect de la dignité humaine de chacun, alors elle court à sa perte.

Non seulement l’agriculture ne doit plus être un contributeur net du réchauffement climatique, mais elle doit, car elle le peut, contribuer à une décélération de ce processus, tout en restaurant la fertilité des sols, la qualité des eaux, la biodiversité et en nourrissant l’humanité. Telle est sa mission pour le XXIème siècle.

Solutions et mesures à mettre en œuvre

Répondre à l’enjeu démographique supposerait d’augmenter les rendements des productions agricoles de 50 à 70%. Certains veulent y répondre par une plus grande industrialisation de l’agriculture, le recours intensif au génie génétique, à la mécanisation, à la robotisation et à la chimie. Si cette orientation peut faire progresser les rendements là où ils sont encore faibles, en revanche elle augmentera la productivité, c’est-à-dire la surface travaillée et les volumes produits par travailleur. Ce qui aura pour corollaire une réduction de la population agricole, un exode rural massif à grande échelle, précarisation et paupérisation. Non seulement les conséquences sur l’environnement, la biodiversité et le réchauffement climatique risquent fort de s’aggraver, mais les conséquences sociales et politiques seront dramatiques.

Il faut donc imaginer un modèle qui puisse répondre au triple enjeu du climat, de la biodiversité et de l’alimentation. Les éléments constitutifs de ce modèle sont de trois ordres : techniques, politiques et socio-économiques.

Toutes ces solutions ne seront légitimes et valables que dans la mesure où elles respecteront la dignité humaine, les droits sociaux, économiques et culturels, civiques et politiques des peuples, en considérant la planète toute entière comme un espace de solidarité.

1. Au plan technique

Dans les pays tempérés et les zones d’agriculture intensive, l’agriculture peut non seulement réduire ses émissions de Gaz à effet de serre (GES), mais encore contribuer à les stocker.

Ce qui suppose de

  • mobiliser des agricultures diversifiées fondées sur l’agro-écologie reposant sur les mécanismes naturels, biologiques et écologiques.

  • modifier les techniques de culture et d’élevage : par exemple substituer aux labours profonds les techniques culturales simplifiées qui évitent de larguer des GES dans l’atmosphère; réduire l’apport de la mécanisation et de la chimie en s’appuyant sur les écosystèmes et les équilibres naturels des milieux vivants, restaurer la fertilité des sols et leur taux de matière organique en respectant et en favorisant leur vie propre, redécouvrir les atouts d’anciennes variétés végétales, protéger la ressource en eau.

  • favoriser le stockage du carbone par la forêt et les prairies.
  • développer l’agroforesterie.

Dans les pays du sud, adapter les systèmes de production autour des agricultures familiales et protéger les populations les plus vulnérables.

Ce qui suppose de:

  • développer des politiques nationales, notamment des politiques foncières facilitant l’accès à la terre, à l’eau, le recours aux semences « fermières ». Ces mesures sont destinées à soutenir les agricultures familiales, à favoriser le maintien à la terre afin d’éviter les exodes massifs et de garantir le droit à l’alimentation.

  • encourager les formes d’agricultures péri-urbaines afin de réduire la dépendance des villes aux importations par des politiques de sécurisation foncière.
  • accorder la priorité aux agricultures à faible niveau d’intrants par un appui renforcé et des droits consolidés. Dans ces pays, l’agro-écologie comme l’agriculture biologique ont toute leur place, car elles améliorent la productivité des sols, rétablissent l’équilibre entre culture et élevage, favorisent le stockage du carbone, évitent l’exode rural et créent des emplois.

Que ce soit dans les pays tempérés ou ceux du sud, toutes ces mesures nécessitent des efforts considérables en matière de recherche/développement/formation, à l’échelle mondiale, pour développer, diffuser et mettre en œuvre des systèmes parfaitement adaptés aux situations locales.

2.Au plan politique

POUR UNE EUROPE SOLIDAIRE ET HUMANISTE : Un nouveau « contrat social environnemental»

L’Europe constitue un espace de biens communs à préserver, parfois à restaurer en faveur de la protection des écosystèmes. Il est indispensable de réformer véritablement la Politique Agricole Commune (PAC) afin d’inciter les agriculteurs à modifier leurs pratiques en accentuant l’éco-conditionnalité des aides, c’est-à-dire conditionner l’attribution des aides à des évolutions en matière de protection des sols, d’environnement, de biodiversité, de gestion de l’eau, de diversification des cultures, de réduction des consommations énergétiques.

Elle doit favoriser le maintien de l’élevage sur les territoires herbagers afin d’une part de privilégier la production de protéines animales à partir de l’élevage à l’herbe et d’autre part de favoriser le stockage du carbone par les prairies.

La PAC doit aussi promouvoir la production de protéines végétales pour limiter les importations massives de soja dont les transports contribuent à accentuer l’empreinte carbone.

VERS UNE ORGANISATION MONDIALE DE L’ALIMENTATION : Assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire pour les Etats

Afin d’assurer une sécurité alimentaire (capacité à éviter famines et malnutrition) maximale pour toutes les populations, notamment les plus vulnérables, il est indispensable de mettre en place des mécanismes de protections des prix agricoles contre la spéculation, la variabilité des cours et le dumping, un système de régulation mondiale des échanges et marchés des denrées alimentaires (prix et stocks) : aller vers la constitution d’une Organisation Mondiale de l’Alimentation (OMA) déclinée régionalement est une alternative pour sortir les matières premières agricoles de l’OMC. Il s’agit d’un enjeu stratégique qui doit permettre de bâtir une politique alimentaire sur les propres ressources des Etats en voie de développement.

Dans ce type de structures, il est essentiel d’intégrer, dans les instances de concertation et de décisions les paysans et agriculteurs de ces pays pour que les choix faits ne soient pas du seul ressort des techniciens ou des politiques.

En effet, dans le développement durable, la gouvernance est le ciment des équilibres entre les différentes composantes du développement et des forces en présence : elle doit intégrer les cultures et les représentations locales.

3.Au plan économique et sociétal

REDUIRE L’EMPREINTE CARBONE EN VALORISANT LES INITIATIVES LOCALES

  • Recréer du lien entre les hommes en développant les circuits de consommation de proximité. En effet, les circuits courts recentrent l’agriculture sur les territoires, favorisent les relations directes entre producteurs et consommateurs réduisent les transports des denrées et par voie de conséquence l’empreinte carbone. En limitant les intermédiaires ils rétablissent de la justice dans la répartition de la plus-value en faveur des agriculteurs.
  • Préserver autour des villes des espaces naturels destinés à la production alimentaire : cela présente le double avantage de créer des coupures vertes au bénéfice de tous et de l’environnement et de permettre un approvisionnement local. Cette disposition est envisageable partout dans les pays développés comme dans les pays moins avancés sous réserve de la maîtrise du foncier.
  • Valoriser les savoir-faire locaux en développant les « projets intégrés » autour de produits ou de structures, rémunérer la plus-value sur place en organisant le conditionnement des produits sur le lieu de production et non dans le pays acheteur (café, cacao, dattes… ), organiser un marché équitable avec une approche de codécision et de portage en commun entre les acheteurs et les producteurs.

MODIFIER LES HABITUDES ALIMENTAIRES

  • Promouvoir mondialement une alimentation plus saine. La modification des habitudes alimentaires est indispensable à la transition écologique, notamment en réduisant la consommation de protéines animales dans les pays développés. A cet égard, l’éducation à la nutrition dans les écoles, comme au sein de la famille est de nature à sensibiliser les enfants à l’importance d’une alimentation équilibrée et variée indispensable à une meilleure santé.
  • Lutter contre le gaspillage. Aujourd’hui, du champ à l’assiette, l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation estime qu’en moyenne 30% de la production alimentaire est gaspillée. Gaspillage au niveau de l’assiette dans les pays riches (20kg par an et par foyer en France), gaspillage par pertes à la récolte et au stockage, faute d’infrastructures adaptées, dans les pays du sud. Une réduction significative de ce gaspillage suffirait déjà à nourrir le milliard d’êtres humains qui souffrent de la faim. Cela relativise

l’hypothèse d’avoir à augmenter significativement les rendements et les volumes de production au niveau mondial.

Au-delà des mesures que l’on peut proposer, le plus important est qu’elles soient pensées à partir des droits humains.

Toute mesure est valide si elle répond à trois conditions :

  • respecter et accroître les droits humains 
  • contribuer à la lutte contre le dérèglement climatique et ses effets
  • assurer l’alimentation de l’humanité toute entière.

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