Les grandes figures de la franc-maçonnerie

Olympe de Gouges

Olympe de Gouge

(1748-1793)

« La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune » – Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne – Article 10.

Femme de lettres, auteur de théâtre engagé, abolitionniste, membre du « Club des amis des Noirs » au côté de l’Abbé Grégoire, elle mena de multiples combats pour les chômeurs, les mendiants et particulièrement pour les droits des femmes qu’elle voulait associer aux débats politiques et sociaux. Ses luttes contre toutes les injustices annonçaient celles de notre siècle. Rédactrice d’une soixantaine de pamphlets révolutionnaires sous forme de brochures, affiches et articles, elle est désormais célèbre par « La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne » qu’elle rédigea en 1791. Calquée sur celle des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, cette déclaration affirme l’égalité des droits civils et politiques des deux sexes espérant que soient rendus à la femme les droits naturels que la force des préjugés lui avait retirés. Ce texte, qui lui conserve une étonnante actualité, est en bien des points, visionnaire.

Quelques extraits du postambule sont particulièrement significatifs :

« L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux siennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne »

« Quelles que soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n’avez qu’à le vouloir »

« Je remarque que dans les luttes, les femmes doivent toujours lutter deux fois plus que les hommes ; une fois avec les hommes pour le changement, et la 2° fois pour qu’elles ne soient pas en reste du changement »

Dans un style toujours direct et souvent percutant elle s’opposera à Marat qu’elle tenait pour responsable des atrocités des 2 et 3 septembre 1792 : « Le sang, même des coupables, versé avec cruauté et profusion souille éternellement les révolutions ». Elle n’épargnera pas, non plus, Robespierre : « Tu te dis l’unique auteur de la Révolution, tu n’en fus, tu n’en es, tu n’en seras éternellement que l’opprobre et l’exécration »….. « tu voudrais te frayer un chemin sur des monceaux de morts et monter par les échelons du meurtre et de l’assassinat au rang suprême ! Grossier et vil conspirateur. » Dénonçant la montée en puissance de la dictature montagnarde, elle fut déférée le 6 Août 1793 devant le Tribunal Révolutionnaire, condamnée et guillotinée le 3 Novembre 1793 : « Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort » furent ses derniers mots.

Sans nier l’incontestable émancipation des femmes, ici comme ailleurs le chemin vers l’égalité de fait est encore long. Que l’on choisisse la voie du cœur, la voie sociale, celle de la raison, ou la voie initiatique, le combat des femmes, dans le monde, demeure le combat de tous ceux qui veulent œuvrer au « Progrès de l’Humanité ».

Parmi les multiples ouvrages de référence citons « Marie Olympe de Gouges, une humaniste de la fin du 18° siècle » par Olivier Blanc aux Editions René Vienet. 2003.

Marie Becquet de Vienne

Marie Becquet de Vienne Le Droit Humain France franc-maçonnerie mixte

 (1854-1913)

Elle naquit à Paris le 4 février 1854. L’altruisme qui l’animait, sa compréhension de la misère humaine la firent se pencher plus particulièrement sur le problème de l’assistance maternelle. Avec une volonté inébranlable, elle établit un programme complet d’aide aux mères, en créant « L’œuvre de l’Allaitement maternel » et des refuges — ouvroirs pour femmes enceintes. Elle fut ainsi le véritable précurseur de la loi du 17 juin 1913 qui créait un service obligatoire en faveur des femmes en couches. Parmi ceux qui lui ont rendu hommage pour son action sociale, citons : Jules Ferry, Jules Simon, le Docteur Roux, le Président Emile Loubet, le Président Poincaré. Celui-ci la remerciait au nom des Pouvoirs Publics, le 24 mai 1913.

Membre fondateur de la loge mixte « Le Droit Humain » créée le 4 avril 1893, elle est élue dans le premier Collège d’Officiers. Elle prête ses locaux du 33, rue Jacob, à Paris, afin que la nouvelle loge du Droit Humain puisse se réunir régulièrement la première année. C’est elle qui prononce l’éloge funèbre de Maria Deraismes. En 1896, Marie Béquet de Vienne crée une troisième loge à Rouen : elle en est Vénérable pendant 4 ans.

Elle s’éteignit le 25 septembre 1913 ; elle repose au cimetière du Père Lachaise. Sa fondation continue à fonctionner 9 rue Jean-Baptiste Dumas à Paris (17e).

En savoir plus : Marie Bequet de Vienne – Dominique Segalen- Editions Conform

Louise Koppe

Louise Koppe - Franc-maçonnerie Mixte et Internationale Le DROIT HUMAIN - Fédération Française

(1846-1897)

Née en 1846, Louise Koppe altruiste, libre penseuse, femme d’action fut une travailleuse infatigable. Elle avait fondé en 1891 « la Maison Maternelle » de Belleville. Elle y accueillait des enfants appartenant à des familles frappées par le chômage ou la maladie. Hébergés, nourris, vêtus, ils étaient rendus à leurs parents lorsque la situation matérielle de ces derniers s’était améliorée.

Elle mourut à l’âge de 51 ans après une vie de dévouement. Elle eut la joie avant de mourir de voir l’Etat rendre hommage à son œuvre en reconnaissant « la Maison Maternelle » comme œuvre d’utilité publique. Durant toute sa vie Louise Koppe mit en application l’idéal qui l’animait, elle qui souhaitait lors de son entrée au Droit Humain en 1894, « élever son cœur et son intelligence en les orientant vers le Bien et donner à tout être humain l’aide et l’assistance dont il a besoin ».

Eugène Piron

Eugène Piron - Franc-maçonnerie Mixte et Internationale le DROIT HUMAIN - Fédération Française

(1863 – 1929)

Il naît à Paris le 2 janvier 1863. Il est issu d’une famille de condition modeste et c’est par une volonté sans faille qu’il finit par acquérir une solide formation. Il suit des cours du soir gratuits en chimie, trouve un emploi dans un laboratoire. Son travail, sa ténacité vont lui permettre de devenir spécialiste en chimie des engrais, on lui doit notamment quelques découvertes dans ce domaine, suffisamment importantes pour mériter la distinction de chevalier du mérite agricole. Membre de la SFIO, il assure le secrétariat de la 13ème section à Paris. Il est généreux, épris de justice. Ses débuts difficiles le conduisent à œuvrer en faveur de l’enseignement. Pendant huit ans, il assure un cours gratuit de chimie à l’Union française de la Jeunesse, il participe au développement du syndicat des bibliothèques des Amis de l’instruction.

Il est initié dans la loge n°1 « Maria Deraismes » du Droit Humain et sera plus tard affilié à la loge « Ernest Renan » n° 10 à Toulon. C’est après le décès accidentel de Marie Bonnevial qu’il devient Grand Maître de l’Ordre. C’est donc lui qui, d’une part, organise le premier Convent international en 1921, d’autre part le premier Convent national de la Fédération française, créée en 1922. Son affiliation au Grand Orient de France en 1921 facilitera la reconnaissance du Droit Humain par cette Obédience.

George Sand

George Sand

(1804-1876)

George Sand, visionnaire de la Franc-maçonnerie mixte.

La romancière George Sand a, au cours de sa vie, croisé la Franc- Maçonnerie, et, pendant un temps, s’en est, on peut dire, entichée. Bien sûr elle ne pouvait, alors, être initiée. Mais elle a beaucoup lu, beaucoup parlé aussi avec des maçons, dont son ami Pierre Leroux.

Précurseur visionnaire, elle a imaginé un ordre maçonnique mixte… et international !

Celui-ci apparaît dans le 3e volume de son roman Consuelo : La comtesse de Rudolstadt (1844).

L’héroïne, la cantatrice Consuelo, épouse du comte Albert de Rudolstadt, est contactée par une société secrète de type maçonnique, Les Invisibles, dont le Grand Maître (le nom n’est pas donné par Georges Sand) est une Polonaise, Wanda, Consuelo étant elle-même italienne et son mari d’Europe centrale. Enquêtée par Wanda masquée, puis initiée après des épreuves plus réalistes que symboliques, Consuelo est admise dans l’ordre.

Elle y retrouve le Chevalier d’Eon, le comte de Saint-Germain, mais aussi d’autres initiés des Lumières : le libraire de Berlin Nicolaï, membre de l’ordre des Illuminés ou le musicien Schubart, membre, lui, de la Stricte Observance Templière et bien d’autres personnages réels de l’Europe des Lumières.

Le récit de l’initiation de Consuelo peut paraître un brin fantaisiste, les développements de George sur l’ordre des Invisibles un brin échevelés, le tout étant enveloppé dans des décors, des costumes et des rites où tout se mélange un peu, il n’empêche : l’ordre des Invisibles est mixte, international, il travaille pour le progrès de l’humanité et le temple où Consuelo est admise porte, sur son fronton, la devise Liberté, Egalité, Fraternité.

George Sand, qui a toujours plaidé pour la liberté des femmes (elle a été un excellent exemple de femme libre) ne pouvait que rêver d’une maçonnerie mixte. La fiction accomplit ce que ne peut le réel : laboratoire d’idées républicaines, volonté d’émancipation de la femme, au gré de rencontres porteuses des idéaux de l’auteur.

Marie Bonnevial

Maire Bonneval Le Droit Humain France franc-maçonnerie mixte

 (1841-1928)

Elle est née à Rive de Giers dans une famille de condition très modeste. Elle réussit à faire des études et devient institutrice laïque à Lyon sous le Second Empire. Elle se révèle rapidement très sensible aux injustices sociales contre lesquelles elle manifeste. Lors de la guerre de 1870 elle devient infirmière bénévole et en 1871 elle rejoint le mouvement de la Commune.

Sous le gouvernement de l’Ordre Moral elle est déchue de ses fonctions en raison de son appui aux Communards et à ceux qui ont été condamnés après le 28 mai 1871. Elle s’exile en Turquie où une de ses tantes se trouvait déjà. Elle est engagée par des familles de la bourgeoisie commerçante. Elle enseigne le français aux enfants. Elle rentre en France en 1877. Elle s’installe alors à Paris où elle crée, dans le 18ème arrondissement, une école professionnelle.

Elle milite au sein de la Ligue des droits des femmes où elle rencontre Maria Deraismes, Clémence Royer. Le 3 novembre 1894 elle est initiée au sein de la première Loge mixte du Droit Humain. En 1895 elle crée, à Lyon, la loge n° 2 devenue « Evolution et Concorde » et en 1904 elle crée la loge n°4 dont le titre distinctif porte aujourd’hui son nom. Sa personnalité et ses activités la font connaître et impressionnent. Elle est en contact avec de nombreux maçons comme Gabriel Persigoud à Bordeaux avec lequel elle milite pour la création d’un syndicat pour les instituteurs. Pendant la guerre elle a repris son activité d’infirmière bénévole.

En 1913 elle est présidente de la Commission permanente du Suprême Conseil. A la mort de Marie-Georges Martin elle lui succède au poste de Grande Maître. Le 4 décembre 1918 elle est renversée par une ambulance militaire et meurt à l’hôpital.

Elise Rouet

Elise Rouet Le Droit Humain France franc-maçonnerie mixte

(1918-1998)

Elle naît à Pau le 1er Juillet 1918 dans une famille modeste. C’est dans cette même ville qu’elle décède le 7 novembre 1998. Elle a d’abord été institutrice de l’école publique mais s’est rapidement orientée vers la fonction publique à la Préfecture de Pau où elle dirigera après la seconde guerre mondiale le service des anciens Combattants. Lorsque cette guerre éclate, Elise Pujo vient juste d’avoir 21 ans. Elle est déjà très attachée aux valeurs républicaines, aussi s’engage-t-elle rapidement dans la voix de la liberté en faisant le choix de lutter dans l’ombre. Elle sera une grande figure de la Résistance dans sa région.

Un témoignage d’un maçon du Droit Humain est à citer : « Elle a œuvré au sein d’un réseau dont le chef de son secteur s’appelait Paloma. Elle a aidé des juifs et d’autres personnes recherchées par la Gestapo à passer la frontière espagnole. Elle a sauvé des enfants juifs d’origine polonaise ». Son action a été reconnue.

On a salué son courage, sa maîtrise. Elle a reçu un certain nombre de décorations : Commandeur de l’Ordre National du Mérite, Officier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre 39/45, Médaille de la Résistance, Croix du Mérite polonais avec épée. Après 1945, elle s’engage activement dans diverses œuvres sociales et notamment dans les associations d’anciens Combattants. Elle y fait preuve d’un dévouement réel, sachant à la fois faire respecter les règles et être à l’écoute des autres.

Attirée par l’idéal maçonnique, elle est initiée en 1955 à la Grande Loge Féminine de France. Elle quitte cette obédience et rejoint le Droit Humain le 18 décembre 1960. Elle attache une grande importance à l’idéal humaniste et à la démarche initiatique de la franc-maçonnerie. Au sein de l’obédience elle a gravi les différents degrés pour atteindre le 33° et dernier degré de l’Ordre.

Elle a occupé différentes fonctions, depuis celle de Vénérable de la Loge de Pau jusqu’à celle de Président du Conseil National en 1981 et de Très Puissant Grand Commandeur de la Fédération française de 1990 à 1997. Elle a été membre du Suprême Conseil.

Les qualités qu’elle avait montrées dans le monde profane ont été les mêmes qui ont animé son action au Droit Humain. Elle alliait une force de caractère à une grande chaleur humaine. Elle savait être rigoureuse dans son travail, elle cherchait à faire régner la justice et l’égalité dans le respect des règles maçonniques. Ceux qui ont eu la chance de travailler à ses côtés, gardent le souvenir « d’une Grande Dame ».

Blanche Mesnage

Blanche Mesnage - Franc-maçonnerie Mixte et Internationale le DROIT HUMAIN - Fédération Française

 (1870 – 1942)

Fille d’un officier de marine mort prématurément, Blanche Mesnage a vécu avec sa mère et ses quatre sœurs dans des conditions difficiles. Elle prépare seule son baccalauréat alors qu’elle est gouvernante dans des familles aisées. Elle devient la secrétaire d’Eugène Brieux, un auteur de pièces de théâtre à thèmes sociaux.

Elle poursuit ses études et devient professeur de lettres. Elle est initiée en 1914 et collabore avec Eugène Piron. Elle assurera le secrétariat du Suprême Conseil .Sa correspondance écrite dans un style clair et sans langue de bois apporte une mine de renseignements sur les loges du Droit Humain sous la Grande Maîtrise d’Eugène Piron.

Blanche Mesnage a vécu de manière très modeste dans une toute petite chambre jusqu’à la guerre de 1939 – 1945. Très affaiblie elle a été admise dans une maison de retraite en 1942, année où elle meurt subitement.

Maria Deraismes

Maria Deraismes - franc-maçonnerie mixte et internationale Le Droit Humain Fédération française

(1828-1894)

Marie Adélaïde Deraismes dont Maria n’est que le diminutif est une figure emblématique du féminisme, c’est une femme d’avant-garde. Elle est cofondatrice du Droit Humain avec Georges Martin.

Elle naquit le 15 août 1828 à Paris dans un foyer parisien confortable et cossu. Son père, François Deraismes est un bourgeois libéral et républicain. Marie à une sœur de sept ans son aînée, plus connue sous le nom d’Anne Féresse. Après son veuvage en 1865, elle revient vivre auprès de Maria. Maria Deraismes est une femme cultivée, une intellectuelle accomplie. Son éducation est supérieure à celle des jeunes filles de l’époque, son érudition est grande. Elle étudie le latin, le grec, les philosophes, la Bible, les pères de l’église, les traductions des livres de l’Inde et des religions orientales. Elle pratique le théâtre, la peinture et la musique. Dans sa jeunesse, elle est témoin de la révolution de 1848 et du coup d’état de 1851. Elle a vécu l’histoire du Second Empire, l’opposition latente d’une élite intellectuelle, l’écroulement de l’Empire et la naissance de la IIIème République.

Maria et sa sœur Anne ont une vie intellectuelle intense et, dans leur salon afflue la république libérale. Rapidement, Maria devient le porte-parole du combat de l’émancipation féminine. Elle anime « La Société pour la revendication des femmes » qui se bat pour le développement de l’enseignement féminin. Elle collabore de façon régulière à différents journaux : Le Grand Journal — L’Epoque — Le Nain Jaune ainsi qu’à la revue Le Droit des Femmes. Ses idées républicaines et sa réputation d’oratrice séduisent les hommes politiques de l’époque, en particulier, ceux acquis au féminisme. C’est ainsi que dès 1866, elle est sollicitée par le Grand Orient de France, obédience exclusivement masculine, pour participer à des conférences.

A tour de rôle, elle aborde la morale, l’histoire, la littérature, le droit de l’enfant, le rôle du clergé dans la société, la femme, etc. Après le désastre de la guerre de 1870, elle entreprend une campagne en faveur de la démocratie. Elle adhère à La Libre Pensée et fonde une section qu’elle anime, puis crée le journal La Libre Pensée de Seine et Oise. Elle contribue avec le franc-maçon Léon Richer du Grand Orient de France, au premier congrès international du « Droit des Femmes ».

En juin 1881, en l’absence du président Victor Schoelcher qu’elle remplace au congrès anticlérical, elle triomphe devant plus de quatre mille délégués. Au cours de ce congrès, des décisions concernant la séparation des Eglises et de l’Etat sont prises. Son activité et son engagement sont tels, qu’un Comité se forme pour présenter sa candidature aux élections législatives. Femme de raison, elle décline l’offre, sachant sa candidature irrecevable. Le 14 janvier 1882, s’ouvre pour Maria Deraismes une période nouvelle. Avec l’aide de frères de la Grande Loge Symbolique Ecossaise, elle est régulièrement initiée à la loge Les Libres Penseurs au Pecq. La transgression de la loge aux principes était hardie, initier une femme n’était pas autorisé et les frères durent se résoudre à ne plus la recevoir en loge. Devant la persistance de ce rejet, Maria considère de son devoir de renoncer à s’imposer dans une loge masculine. Elle est réduite au silence maçonnique jusqu’au 4 avril 1893, date à laquelle elle fonde en collaboration avec Georges Martin, La Grande Loge Symbolique Ecossaise de France, Le Droit Humain appelée à devenir l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain. Maria Deraismes ne verra pas le couronnement de son œuvre, aussi bien profane que maçonnique. Elle meurt le 6 février 1894 ; elle est enterrée civilement et repose au cimetière de Montmartre.

Ce personnage hors du commun qui a lutté pour que la femme soit reconnue à part entière méritait bien d’être honoré. Le 16 juin 1895, une rue portant son nom est inaugurée dans le prolongement du square des Epinettes dans le 17° arrondissement de Paris. Dans ce même square, le 3 juillet 1898, sa statue revêtue du cordon maçonnique est érigée ; mais pendant la Seconde Guerre Mondiale, cette statue est démontée pour être fondue aux profits des occupants. Rien ne meurt, tout est vivant, depuis le 14 juin 1984 la statue a repris sa place. Cette femme de talent a beaucoup apporté, elle a lutté pour que l’Homme acquière plus de liberté, pour faire avancer l’égalité de l’homme et de la femme et que l’un et l’autre parviennent à bénéficier d’une façon égale de la justice sociale dans une humanité organisée en sociétés libres et fraternelles. Pendant de nombreuses années, Maria Deraismes a combattu en qualité de « maçon sans tablier » dirons-nous, mais elle a ouvert à toutes les personnes de bonne volonté la voie de la franc-maçonnerie mixte et a permis une avancée démocratique pour les femmes.

En savoir plus : Regards sur Maria Deraismes – La liberté de pensée- Editions Conform

Corneille Kahn

(1846-1897)

Il est né à Colmar le 11 octobre 1855 dans une famille de commerçants qui quittera l’Alsace après le Traité de Francfort de 1871 pour s’installer à Paris. Corneille Kahn est profondément attaché aux idées républicaines.

Il participe à de nombreuses réunions et fait la connaissance de Georges Martin avec lequel il se lie d’amitié.

En 1895 il est initié à la loge n°1 « Maria Deraismes » où son épouse et son fils aîné le rejoignent. Il gravit rapidement les degrés de la hiérarchie écossaise et le 5 juillet 1905 il entre au Suprême Conseil dont il devient un des vice- présidents. Très sincèrement attaché à Georges Martin, il apporte au Droit Humain une aide solide et régulière. Il a été désigné par Georges Martin comme un de ses exécuteurs testamentaires. Après la Première Guerre Mondiale c’est lui qui, à plusieurs reprises, équilibre les comptes en apportant des sommes conséquentes.

Lucien Lévi

Lucien Lévi - Franc-maçonnerie Mixte et Internationale le DROIT HUMAIN - Fédération Française

(1882 – 1935)

Il naît à Saint-Etienne le 1er octobre 1882. En 1899, il entre comme élève au Laboratoire des Arts et Métiers et devient assistant du professeur Fleurant au CNAM (Conservatoire des Arts et Métiers). Il y exerce pendant 20 ans comme chimiste avant de partir pour Angers où il fonde un service technique. Il est spécialisé dans les applications de la chimie à l’agriculture et à l’industrie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et notamment d’un « traité d’analyses industrielles » qu’il publie en 1924.

En 1904, il est initié à la loge n°1 « Maria Deraismes » et succède à Eugène Piron comme Président du Conseil national et Grand Maître de l’Ordre en 1929 jusqu’à ce que la maladie l’oblige à la démission en 1934, moins d’un an avant sa mort.

Henry Petit

(1868 – 1955)

Il naît à Paris le 18 juin 1868. Il est expert d’assurances, marié, père de deux enfants. Initié au Grand Orient de France en 1895 dans la loge « les Vrais Experts », il participe très tôt aux tenues de la loge « Maria Deraismes ». Installé à Nantes en 1906 pour des raisons professionnelles, il s’affilie à la loge « Guépin » dans ce même Orient et en sera Vénérable Maître. Rentré à Paris, il assiste aux travaux de la loge 40 et devient Grand Orateur du Conseil national en 1926.

Elevé le 10 septembre 1924 au grade de 33ème, il succède à Lucien Lévi en 1934. Il contribue à maintenir pendant la guerre des liens avec le GODF.

Georges Martin

Le Droit Humain France franc-maçonnerie mixte

(1844-1916)

Si Maria Deraismes a été par son initiation le point d’ancrage de la maçonnerie féminine, Georges Martin a été véritablement le constructeur de la maçonnerie mixte et le créateur de l’Ordre international Mixte Le Droit Humain. Ses qualités propres et ses engagements personnels de citoyen ne pouvaient que l’amener à une activité résolue et efficace en Franc-Maçonnerie. Georges Martin naît le 9 mai 1844 à Paris, mais avec des racines solognotes, d’un père pharmacien. Instruit chez les Jésuites, élève très brillant, il inquiète vite ses maîtres par son manque de docilité et ses idées révolutionnaires parmi lesquelles il prône l’égalité de l’homme et de la femme.

Lauréat du baccalauréat es-lettres en 1861 puis es-sciences en 1863, il se consacre aux études de médecine par besoin de se dévouer aux autres. Parallèlement, il s’investit dans la vie publique, propagandiste infatigable et dévoué des idées républicaines, prêchant l’action et l’exemple. C’est durant cette période qu’il rejoint Garibaldi, en 1866, en Italie. Revenu en France, il reprend ses études de médecine à Montpellier puis à Paris où il obtient en 1870 le titre de docteur en médecine. Il y exerce son métier pendant dix ans et mérite le nom de « médecin des pauvres », oubliant souvent le versement de ses honoraires. Homme d’action, il l’est dans l’application de ses idées libérales et républicaines.

En 1866, il crée le service sanitaire. En 1874, il est élu au Conseil municipal de Paris, et sera réélu à trois reprises. – Il est nommé au conseil de surveillance de l’Assistance Publique et y propose de nombreuses réformes. En 1884, il est élu président du Conseil général de la Seine et en 1885, sénateur de ce même département. Dans les années 1890, après un échec électoral, il quitte Paris pour revenir dans sa propriété de Lamotte Beuvron en Loir et Cher. En 1897, il est élu au Conseil général dans son canton et réélu jusqu’à sa mort. Georges Martin, athée, rationaliste respecte les croyances des autres. Cependant il reste critique face aux religions dont il pense qu’elles ne sont qu’un outil de division entre les hommes.

Il défend ses idées pour le triomphe de la Vérité, vérité qu’il appelle Justice. Il ne faut donc pas s’étonner que, parallèlement, il s’investisse en Franc-Maçonnerie. Il est initié dans la loge « Union et Bienfaisance » au Rite Ecossais Ancien et Accepté mais il est convaincu que la maçonnerie ne peut être constructive qu’en y introduisant les femmes. Il essaie d’abord de faire évoluer la maçonnerie masculine. Il fait longtemps confiance aux loges masculines pour entreprendre l’initiation des femmes. Pourtant après les problèmes soulevés dans la loge « Les Libres Penseurs » du Pecq par l’initiation de Maria Deraismes, il comprend qu’il faut créer quelque chose de neuf. Il y travaille sans relâche. Sa ténacité, sa volonté triomphent des obstacles.

Avec Maria Deraismes, il crée la « Grande Loge Symbolique Ecossaise Le Droit Humain » en 1893 avec l’aide des premières femmes qu’elle a régulièrement initiées, dont Marie-Georges Martin qu’il épouse en 1889.Il ne veut pas prendre la direction de cette première loge, ni par la suite la présidence de l’Ordre Maçonnique à la création duquel il a véritablement contribué, mais dans les deux cas, il en fut un orateur remarqué. Son opiniâtreté lui permet de maintenir et de développer cette structure grâce à ses qualités d’organisation, à ses convictions et sans doute à son caractère entêté… mais pour de belles causes.

Le couple Martin n’a pas d’enfants, aussi Georges Martin décide-t-il de faire don de sa fortune après la vente de son hôtel particulier parisien et de sa maison de campagne pour la construction de la maison du Droit Humain, siège de l’Ordre, au 5 de la rue Jules Breton à Paris où il meurt le 1er octobre 1916 dans le petit appartement qu’il s’y était réservé.

Clémence Royer

Clémence Royer Le Droit Humain France franc-maçonnerie mixte

(1830-1902)

Elle naît le 31 août 1830 à Nantes dans une famille de royalistes légitimistes qui soutient la duchesse de Berry. Elle connaît jusqu’en 1840 une vie errante avec ses parents. A cette date la famille s’installe au Mans où Clémence est envoyée dans un couvent pour y faire ses études. Elle est alors attirée par le mysticisme. La famille revient à Paris en 1843. C’est dans cette ville qu’elle va vivre la Révolution de 1848, s’éloigner définitivement de la religion et devenir républicaine. La mort de son père en 1849 l’oblige à gagner sa vie. Elle devient gouvernante d’enfants d’abord en Angleterre puis dans un château de Touraine où elle va dévorer les livres notamment ceux des philosophes des Lumières.

En 1860 elle part s’installer en Suisse dans une ferme située près de Lausanne. Elle retrouve le lieu où elle a déjà vécu avec ses parents. Elle mène une vie de paysanne pauvre mais elle est rapidement connue grâce aux cours de logique qu’elle donne aux femmes de Lausanne. Ses idées effraient notamment quand elle dit que l’homme est un animal. Elle poursuit alors ses cours dans d’autres villes. A Lausanne elle a connu un économiste Pascal Duprat avec lequel elle assiste en 1863 au Congrès International des Sciences sociales à Gand.

La même année elle participe à un concours organisé par le canton de Vaud et traite de « l’impôt ou la dîme sociale ».Elle partage le premier prix avec Proudhon. Elle épouse Pascal Duprat dont elle a un fils René. Sa renommée s’étend. Elle écrit et publie. Scientifique reconnue, elle a traduit en 1862 l’œuvre de Darwin mais sa recherche est allée bien au-delà. A partir de 1859 elle a élaboré la théorie de la substance cosmique formée d’éléments atomiques fluides. Elle a complété avec des travaux sur la préhistoire. L’essentiel de ceux-ci porte sur l’homme. L’œuvre de Clémence Royer est d’une grande richesse. Elle fait œuvre de sociologue mais c’est la condition des femmes qui l’intéresse le plus. Elle montre avec clarté l’injustice et l’inégalité de sa condition, participe au mouvement féministe où elle rencontre Maria Deraismes, Marie Bonnevial. Eloignée de toute religion elle affirme la condamnation des dogmes.

Sa religion, dit-elle, est la Vérité. Elle est un des membres fondateurs du Droit Humain en 1893. Elle deviendra Vénérable d’honneur de la Loge Mixte. Elle meurt le 6 février 1902, après une fin de vie misérable, la mort de son époux en 1865, l’ayant laissée démunie et sans ressources. Frédéric Desmons, au nom du GODF, dit d’elle le jour de ses obsèques « Qui plus que Clémence Royer était digne d’appartenir à la Franc- Maçonnerie ? »

La célébration de son centenaire en 1930 a mis en évidence la qualité et la grandeur de sa personnalité et de son œuvre.

Charles Cambillard

(1892- 1982)

Charles Cambillard est initié le 1er novembre 1919, dans la loge n° 55 « Marie-Georges Martin », fondée deux ans auparavant par son père, le Très Illustre Frère Cambillard  et par la Sœur Gédalge. Professeur agrégé d’anglais, Charles Cambillard voyage beaucoup pour exercer son métier en Angleterre d’abord, puis en Algérie et à Madagascar. Il assure plusieurs fonctions et préside divers ateliers de la Fédération française, notamment en Algérie.

Les événements sombres de l’avant-guerre le marquent profondément : son fils part combattre à 16 ans dans la guerre civile espagnole. Lui-même est mobilisé en 1939 et, comme franc-maçon, il est révoqué par le gouvernement de Vichy. Ces épreuves ne le découragent pas et il achète un petit cours privé laïc qu’il dirige jusqu’à sa mort. En 1945, il est réintégré dans sa loge mère. Il est reçu Grand Inspecteur Général (33ème degré), puis membre du Suprême Conseil. Le Convent International de 1947 lui confie le poste de Grand Secrétaire. Cet office lui permet une fructueuse collaboration avec la Très Illustre Sœur Marguerite Martin, Grand Maître de l’Ordre. Ce travail en commun se poursuit lorsqu’il est investi par le Suprême Conseil de la charge de Grand Maître adjoint devenue vacante. Au congrès international de 1954, il succède comme Grand Maître de l’Ordre à la sœur Marguerite Martin et le reste jusqu’en 1969 où il devient Grand Maître d’honneur.

Il remplit pleinement sa tâche, s’entourant de bons collaborateurs dont la sœur Lucie Delong, Très Puissant Grand Commandeur pour la France, et deux Grands Maîtres adjoints, la sœur Germaine Desbordes, et le frère Clément. Charles Cambillard réussit à panser les blessures dues à la guerre et relance le Droit Humain vers l’expansion. Il fait face dans quelques fédérations à des situations difficiles et décide chaque fois de mesures rigoureuses qui se révèlent efficaces. Devenu Grand Maître d’Honneur, il visite sa fédération qui a souvent le plaisir de l’accueillir à Bordeaux, Rennes, Nice. Les autres Fédérations ne l’oublient pas et l’invitent souvent, aussi bien les Fédérations voisines : Belgique, Hollande, Grande-Bretagne, Suisse, Grèce, que les pays plus lointains : Scandinavie, Finlande. Ses pas le portent même dans les autres continents (les deux Amériques et l’Inde en particulier).

Il sut remarquablement diriger l’Obédience et le Suprême Conseil. Il exprimait ainsi l’idée qu’il avait de son rôle : « Le Grand Maître n’est pas une sorte de Présence omnipotente de qui émane une espèce de Saint-Esprit. Chez nous, le Saint-Esprit ne descend pas pour s’imposer à la foule des Sœurs et des Frères. Il monte pour apporter aux organes directeurs et au Grand Maître lui-même la pensée et les sentiments des Maçons de tous grades. »

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