Cérémonie du 5 décembre 2016 – Camp du Struthof

Quatre obédiences se sont réunies pour cette cérémonie du 5 décembre 2016 au Struthof : Le Grand Orient de France, La Grande Loge de France, La Grande Loge Nationale française et la Fédération française du DROIT HUMAIN. Elles ont conjointement, fait apposer une plaque à la mémoire des francs-maçons morts en déportation.

Chaque Grand Maître de chaque obédience a prononcé un discours. Vous trouverez ci-après celui d’Alain Michon, Grand Maître National de la Fédération française du DROIT HUMAIN.

Discours d’Alain Michon.

Ils ont voulu détruire, briser, réduire à ce qu’ils se figuraient être un néant sans lendemain, à l’oubli.

Et puis, plus tard, vint ce qu’ils n’avaient sans doute pas imaginé, le temps de la mémoire et de l’hommage à celles et ceux qu’ils ont voulu rayer de l’Histoire de notre pays, et de l’Humanité.

Et nous voilà ici, Francs-Maçons de diverses Obédiences, de diverses traditions, unis au-delà de nos différences. Et sans doute amis profanes partageant notre temps de l’hommage.

Ici ou là ils avaient abattu les murs, rasé, mais nous avons rouvert nos temples, rebâti des lieux dédiés à nos travaux. Nous avons perpétué la flamme qui ne s’était éteinte que pour des yeux inattentifs et mal exercés, que pour celles et ceux qui ignorent que certaines lumières ne meurent pas, même pas dans l’innommable de la chambre à gaz ou d’un crématoire.

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Qu’ont-ils voulu détruire en interdisant les Obédiences maçonniques ?

Le 27 juin 1940, cinq jours après la signature de l’Armistice par Pétain, les nazis posent les scellés au 5 rue Jules Breton à Paris, siège alors de l’Ordre International et de la Fédération française. Le temple est dévasté, les archives confisquées. Le 27 février 1941 la nullité juridique de la Fédération française du DROIT HUMAIN est prononcée.

Qu’ont-ils voulu faire en menaçant, en donnant les noms dans une presse ignoble ?

En dressant des listes si bien renseignées, nom, prénom, âge et profession ? Parfois le travail de fichage est exécuté avec application, d’une plume assurée et calme, avec pleins et déliés…

Nous avons bien sûr l’idée de ce qui motiva l’anti maçonnisme vichyste ou nazi.

Il s’agissait de s’en prendre à l’aspiration à la « liberté chérie », aux idéaux républicains, à la liberté de pensée et de conscience, au progrès social, au respect et à la dignité de tout homme, à l’universalité du message humaniste, à l’égalité des droits dont ceux des hommes et des femmes…

Mais les Francs-Maçons ne sont pas d’une autre farine que les humains. Du reste nombre d’entre eux ont été arrêtés et déportés au titre de la Résistance, de leur engagement politique, de leur appartenance à une foi religieuse, réelle ou supposée. Souvenons-nous du prétendu complot judéo-maçonnique de sinistre mémoire, toujours rôdant dans tel ou tel site internet, dans tel blog.

L’appartenance maçonnique de nos Frères et Sœurs n’était pas séparée, isolée, elle était un élément, pas forcément connu des bourreaux, d’une aspiration humaniste plus large, cohérente avec leurs serments de Maçons.

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Quelques noms de morts en déportation ? Nous en connaissons. En cette région de France ceux de Camille Charvet et de Berthe Bouchet parlent aux cœurs de nos Frères et Sœurs : Auschwitz pour l’une, Ravensbrück pour l’autre.

Il existe même des listes mémorielles, tapez sur vos claviers et vous trouverez. Et c’est force vive de pouvoir nommer ces Frères et Sœurs, à défaut de leur donner visage et regard.

Et puis il y a les sans noms, celles et ceux qui, pour n’avoir rien dit de leur secret, l’ont emporté, anonymes, dans l’horreur.

Illustres ou non, dignitaires ou maçons sur les colonnes, leur présence dans la Chaîne d’union au-delà du temps et de l’espace est la même.

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Nous voici en cette fin de 2016. Nous regardons, nous observons à l’aune de nos valeurs et de notre idéal fraternel. Nous observons la France où nous nous trouvons, l’Europe et au-delà…

Nous voyons avec la plus extrême inquiétude la diffusion des discours identitaires, parfois sous les apparences d’idées de progrès. Le sens des mots, la justesse des aspirations, la force des combats sont ainsi détournés.

A nous aussi, Francs-Maçons, comme d’autres hommes et femmes, car nous ne sommes pas les seuls porteurs de nobles idéaux, de prendre conscience de cela, d’être des vecteurs et des acteurs d’une forme de résistance si nos valeurs venaient à être menacées.

Ce n’est pas parce que l’Autriche a échappé à une expérience funeste que nous devons nous réjouir sans lucidité.

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Regardons devant nous, plus haut et plus bas que nous, ces forêts, ces pentes qu’on a voulu échappées aux regards d’en bas, ces baraquements sinistres, criant le silence de la mort de nos Frères et Sœurs et des autres Frères et Sœurs humains.

Regardons avec effroi mais sans crainte ces lieux de mise à l’écart, d’expérimentations sordides, d’enfermement, de violences, de mise à mort.

Nous traverse la chair vive des hommes et des femmes qui ici passèrent, transitèrent en allers et retours parfois, souffrirent, périrent, sans peut-être que leur main ne pût être tenue dans une autre main fraternelle.

Nous sommes là et nous voulons construire parmi les humains, et non à leur écart, nous voulons bâtir un Temple de l’Humanité.

Nous voulons être des pierres taillées de cet édifice.

Nous voulons le dire ici, en ce lieu particulier.

Nous voulons porter lumineuse et droite la mémoire des pierres vives que furent nos Frères et Sœurs, qui étaient des Frères et Sœurs humains.

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