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Journée de la femme- 8 mars 2010- Hommage à Maria DERAISMES
 

Ce jour, 8 mars 2010, a été rendu un hommage à Maria DERAISMES au Square des Épinettes (paris 17ème)


Maria Deraismes, est une femme qui en impose, comme il en va de toute personne habitée par une certitude puissante : elle ne doute pas de ses capacités.
De par l’ampleur et la profondeur de sa culture et de par l’intelligence avec laquelle elle domine son savoir, elle sait qu’elle peut soutenir autant que quiconque, et bien mieux que certains, un débat de haut niveau, nourrit de références, habilement conduit et animé de fortes convictions.
Ses conférences ont fait l’unanimité d’autant qu’au fil des ans et de ses interventions publiques, de son engagement, de ses prises de position politiques, de son travail d’écriture, elle a toujours davantage renforcé ses valeurs, habitée par la certitude d’être dans le vrai, lorsque la raison tonne la vérité contre les préjugés, les idées toutes faites et la pensée unique, contre la médiocrité infatuée d’elle même.
C’est d ‘ailleurs le machisme exacerbé de certains qui va pousser Maria Deraismes à intervenir en public et on sait avec quelle intelligence ! Maria, en effet, n’a jamais revendiqué autre chose, dans ce domaine, que l’égalité des droits entre hommes et femmes. Sans doute, ici et là, fait-elle état de telle ou telle supériorité de la femme, mais c’est toujours pour combattre une idée toute faite sur la prétendue infériorité des personnes du sexe – comme on disait autrefois, et comme si les hommes n’en avaient pas !
C’est pourquoi, n’ayant pu obtenir que la femme entre dans la Franc-maçonnerie masculine pour la rendre mixte, elle choisit avec Georges Martin de fonder une Franc-maçonnerie mixte à côté de celle des hommes, mais parfaitement équivalente. Elle aurait pu opter pour une Franc-maçonnerie féminine qui se serait placée en concurrence avec celle des hommes. Mais tel ne fut pas le cas et la raison en est que ce choix-là eût été de beaucoup moindre effet autant symboliquement qu’en termes d’égalité. Ce que l’on appelait la Maçonnerie des dames, en marge de celle des hommes – la vraie ! –- était trop connotée de ce caractère d’ersatz – et même si cela n’a pas toujours été le cas, cette maçonnerie n’a jamais été au mieux qu’un salon intellectuel – pour apporter le changement souhaité dans le monde maçonnique qui se devait, aux yeux d’hommes comme Georges Martin et au regard de la revendication réitérée pour l’égalité, d’être pionnier, prospectif, voire révolutionnaire, en la matière.
La révolution n’est pas venue du monde maçonnique – et c’est dommage ! – mais elle est entrée dans le monde maçonnique durablement et avec fruit. Aujourd’hui, l’Ordre Maçonnique Mixte et International « le Droit Humain » c’est 30 000 membres de par le monde, dans 53 pays. La France, berceau de l’Ordre, compte à elle seule 16 000 de ces Francs-maçons qui se sont engagés dans la voie du travail maçonnique en mixité parce qu’il leur semble plus complet, plus achevé, plus porteur de promesse d’égalité dans la société. Le travail du Franc-maçon est travail et progrès sur soi-même pour le progrès général de l’humanité. Or, tout travail sur soi est progression dans la connaissance de soi, progression dans la connaissance de sa richesse intérieure, de sa propre diversité, de ses propres métissages. C’est, en effet, à partir de la reconnaissance de l’altérité en soi-même que chacun peut cesser de tenter de dominer les autres parce qu’il comprend enfin qu’ils ne sont pas a priori ses ennemis, mais ses semblables et que plus n’est besoin de les craindre et de se laisser diriger par la peur. Nous sommes au monde pour vivre ensemble et non pour vivre de l’asservissement des uns ou des autres, fussent-ils femmes, groupes ethniques ou minorités de quelque sorte.
N’est-ce pas ce que défendait aussi Maria Deraismes, en politique contre le pouvoir personnel, contre toute mainmise de quelques-uns sur tous les autres : « Nous nous opposons de toutes nos forces à ce qu’une collectivité s’annihile dans une unité chimérique et que des millions de volontés abdiquent au profit d’une seule ; nous voulons que chacun, par l’éducation, par les conditions de son milieu, parvienne au summum de lui-même, et que tous, indépendants, libres, autonomes, se réunissent volontairement, sous la loi de la solidarité pour accomplir l’œuvre commune. » Cela se retrouvera dans des termes quasi identiques dans les principes constitutifs de la nouvelle obédience créée en 1893.
Profondément convaincue de l’idéal républicain, Maria Deraismes en voit la forme achevée avec la prise en compte des droits de la femme : « Le droit des femmes paraît intimement lié à la fortune de la République. Il est certainement une résultante logique et nécessaire au principe de démocratie […] » De cette forte conviction de la primauté des valeurs de la République et de la nécessaire laïcité de l’Etat, le Droit Humain conserve la volonté de s’impliquer dans le débat sociétal, comme Maria Deraismes en a tracé la voie.

En cette journée de la femme, nous célébrons sans retenue une exemplaire figure de conviction, d’engagement et de caractère, puisse-t-elle susciter l’envie de poursuivre l’œuvre commencée pour l’édification de sociétés fondées sur la valeur de l’autre, la solidarité entre les humains et pour le progrès de l’humain en chacun de nous.

Michel Payen,
Président du Conseil national de la Fédération française du « Droit Humain ».