La Fédération française du Droit Humain a pris la décision de renouer avec la tradition de marquer la date du départ de notre illustre fondatrice, Maria Deraismes, pour la Grande Loge éternelle le 6 février 1894.
Une délégation de Francs-maçons de quelques loges de Paris et d’Ile de France s’est rendue au cimetière de Montmartre ce vendredi 6 février pour se recueillir sur la sépulture de Maria Deraismes, sépulture entretenue par l’un de nos Frères, en accord avec les héritiers.
Lors de cette cérémonie, Michel Payen, Président du Conseil National, a souligné l’importance pour le Droit Humain de célébrer la mémoire de celle sans laquelle non seulement le Droit Humain n’existerait pas, mais surtout sans laquelle la Maçonnerie mixte n’existerait sans doute pas.
En effet, ce fut le choix de Maria et de toutes les femmes qui furent initiées en cette période pionnière, que de créer et faire vivre une Maçonnerie mixte et non pas exclusivement féminine.
En effet, il leur semblait contradictoire de vouloir l’égalité des droits entre les hommes et les femmes et d’imiter la Maçonnerie masculine.
Car, la mixité est une affaire de société. Elle parle de la place des hommes et des femmes, des lieux et des rôles qu’on leur assigne. C’est une affaire qui concerne l’éducation, la citoyenneté, le monde du travail, le religieux, le politique et donc sollicite le principe de laïcité dans son application car nombre de facteurs discriminants trouvent leurs racines dans ce qui ne devrait relever que de la sphère privée.
Pour vivre non seulement en mixité mais surtout en bonne égalité, il peut être utile de consacrer du temps avec ceux de son genre, momentanément à l’abri du regard de l’autre genre, ce regard chargé, souvent malgré lui, de tous les stéréotypes de l’éducation et de tous les préjugés sociaux dont il faut tant de maturité pour essayer de se débarrasser. Mais au bout du compte, il faudra bien apprendre à vivre ensemble et c’est ce que le Droit Humain démontre depuis 115 ans.
Au Droit Humain, la mixité est un principe fondateur qui s’accompagne de l’égalité des droits et des devoirs, à savoir le partage des tâches sans discrimination sexuée et un accès égal aux responsabilités de tous ordres. Le travail en mixité, en loge, permet de s’enrichir de la différence de l’autre et non pas de la crainte de perdre quelque chose de soi. Au Droit Humain, l’initié(e) au masculin comme au féminin est d’abord un être humain.
Le travail en loge est une symbolique de la construction du Temple de l’Humanité. Chacun l’élève d’abord en soi en accomplissant un travail d’intégration de ses composantes et en tout premier lieu du masculin et du féminin. Cet effort a, bien évidemment, plus de sens s’il est accompli en mixité.
L’idée de la franc-maçonnerie mixte a été féconde car les loges du Droit Humain se sont développées rapidement en France et à l’étranger ; sans doute y avait-il une attente importante de la part de tous ceux qui avaient compris que pour faire évoluer les droits de la femme, il fallait s’impliquer ensemble dans cette tâche. Et c’est bien ce que voulait Maria Deraismes.
Sa mort, à bien des égards prématurée, a certainement modifié l’évolution de cette obédience naissante qui allait devenir celle de Georges Martin et qui est aujourd’hui la nôtre telle qu’il la construisit.