Le 15 mars 2008 à Marseille (Archives départementales) s’est tenue une conférence publique sur le thème suivant :
"LE DROIT HUMAIN : ses valeurs, son idéal, sa place dans le monde"
Introduction par Lucien Montel--------------------------------
Le thème de cette conférence, a pour but de répondre à votre curiosité quant à la découverte de la Franc-Maçonnerie en général et de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain en particulier dont la caractéristique est :
« L’internationalisme et la mixité »
Parmi les trois orateurs représentant les différentes hiérarchies de notre obédience interviendront :
* Madame Yvette Ramon représente l’Ordre pour notre fédération française, elle appartient à la plus haute instance que nous appelons le Suprême Conseil, elle est aussi le lien avec l’Ordre international.
* Monsieur Michel Payen est Président du Conseil National, instance propre à notre fédération. Sa fonction est comparable au Grand Maître de l’Ordre des autres obédiences maçonniques
Les trois conférenciers traiteront successivement,
des valeurs du Droit Humain,
de son idéal,
de sa place dans le monde.
Pour beaucoup d’entre vous, un bon nombre de questions se posent
Qu’est-ce la Franc-Maçonnerie ?
Le Droit Humain en particulier ?
Qu’est-ce un Ordre, une Obédience ?
Qu’est-ce une loge, le rituel, le symbolisme ?
Qu’entend-t-on par secret maçonnique ?
- En quoi consiste la méthode maçonnique et pour quoi faire ?
Ils essayeront de répondre à ces questions.
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Les valeurs du Droit Humain et l’activité de la Fédération Française
par Michel Payen
La société d’aujourd’hui connaît une sérieuse crise des valeurs. Et tout particulièrement dans la période actuelle où le discours officiel tend à brouiller considérablement des repères qui ont déjà beaucoup perdu de leur force. Or une société ne peut construire sa cohésion que dans ce que les citoyens partagent et qui a du sens pour tous. Dans le cas contraire, chacun se raccroche aux valeurs du petit monde dans lequel il vit et s’enferme dans le repli communautaire.
La Franc-Maçonnerie, attachée à la notion de tradition, non pas comme refuge passéiste, mais comme valeur de transmission, travaille à asseoir l’édification du futur sur les bases solides de l’héritage du passé comme expérience.
L’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain fonde son organisation sur les valeurs qui sous-tendent les principes énoncés dans la première partie de la Constitution Internationale de l’Ordre. Il appartient donc au Franc-Maçon du Droit Humain de mettre en cohérence son action et sa vie avec les principes auxquels il a juré d’être fidèle.
Les Francs-Maçons se réunissent en loges où ils travaillent selon ces principes ; et les loges sont rassemblées dans une Fédération administrée par un Conseil National qui veille à la bonne application des principes.
Je vais tenter d’illustrer ce fonctionnement en m’appuyant sur trois principes fondamentaux du Droit Humain à savoir, le travail, la valeur de l’autre et la liberté de conscience.
La Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International la Droit Humain compte un peu moins de 450 loges bleues réparties sur tout le territoire. Les loges bleues sont les loges qui travaillent du 1er au 3ème degré symbolique.
Ces loges se réunissent, en général, deux fois par mois, sur convocation comportant un ordre du jour prévoyant divers points dont un élément essentiel est la présentation d’un travail sur un thème spécifique, par une soeur ou un frère ou, parfois par quelqu’un d’extérieur. Ce travail, une fois présenté, fait l’objet d’un débat au sein de la loge afin d’enrichir et d’approfondir les thèmes abordés. Les loges doivent inscrire, également, à leur ordre du jour, dans le courant de l’année, deux questions, l’une à caractère initiatique et l’autre à caractère social, qui, comme le prévoient les règlements, leur sont imposées par l’assemblée délibérative de la Fédération française, appelée Convent, qui les vote lors de sa tenue annuelle.
Le Conseil National est également demandeur de la réflexion des loges, particulièrement sur les questions sociétales. En effet, une fédération maçonnique comptant plus de 15 000 membres travaillant à produire un avis sur toutes les grandes questions qui traversent la société, constitue, naturellement, un groupe de penser dont l’opinion compte à l’échelle de la société. D’ailleurs, du fait que la Fédération rend publics un certain nombre de ses avis, le Droit Humain français est classé comme presse d’opinion. Aussi, pour que cette opinion soit le plus large reflet possible des choix sociétaux des membres de la Fédération, un travail d’échange d’idées et d’élaboration de conclusions s’effectue entre les loges et le Conseil National au sein d’une commission ad hoc appelée « Perspectives sociétales »
Ce travail de progression en humanité se retrouve totalement – sans doute parce qu’il découle du principe d’égalité, voire parce qu’il le transcende – dans la valeur accordée à autrui. Tout autant que l’égalité, cette valeur est une valeur intangible. C’est pourquoi, l’Ordre est un ordre mixte et international.
Le plein respect de l’autre et la pleine égalité avec l’autre ne peuvent se concevoir ni dans le repli nationaliste, ni dans le repli identitaire. L’ouverture est une vertu cardinale pour le Franc-Maçon du Droit Humain. Il s’agit d’une ouverture consciente et lucide. Car toute ouverture est une prise de risque, le plus grand risque étant de se perdre soi-même.
Là encore, le travail en mixité dans les loges est précieux. Chacun y apprend à gérer de façon dépassionnée et fraternelle, les divergences en exposant aux autres sa différence dans la confrontation régulée des opinions et des conceptions. Mais, de la sorte, chacun est à même d’éprouver dans les profondeurs de sa conscience les blocages qui le freinent dans la résolution des conflits.
La mixité et l’internationalisme sont deux principes très progressistes dans ce domaine. La mixité parce qu’elle nous apprend à reconnaître notre propre diversité, nos propres métissages et qu’elle nous permet d’utiliser à égalité notre coeur et notre raison ; l’internationalisme parce qu’il nous permet d’abolir en nous-mêmes ce qui nous cloisonne, ce qui nous divise et qui nous pousse, parfois, jusqu’au point où notre main droite finit par ignorer ce que fait notre main gauche.
Ainsi dans les loges du Droit Humain — je ne connais pas suffisamment les loges des autres obédiences mixtes pour en parler de façon éclairée — le travail en mixité est il reconnaissance de l’autre dans sa différence sans pour autant que cet autre soit réduit à cette différence. Dès lors, dans les responsabilités que chaque Franc-Maçon est appelé à prendre dans une loge jusqu’à la diriger, la question du sexe ou de tout autre différence n’entre pas en ligne de compte.
D’ailleurs, s’il devait y avoir le moindre dysfonctionnement de cette nature, il serait fait appel au Conseil National qui y remédierait d’une façon ou d’une autre, de même qu’il intervient dans le monde profane pour rappeler qu’il est un défenseur vigilant de la valeur intangible de l’autre. Le dernier exemple en date est la prise de position de la Fédération sur la question des tests ADN dans le processus du rapprochement familial des personnes issues de l’immigration dans la société française, question sur laquelle il a pris position en disant que ce n’était là ni sa conception de l’être humain ni sa conception de la famille ni sa conception de la société et que notre République se devait d’être forte donc ouverte et généreuse.
Car, là encore, ce sont des questions qui nous travaillent dans la connaissance de nous-mêmes et dans l’approche de l’autre en nous-mêmes jusqu’au point de rencontre qui marque un accomplissement dans notre effort à devenir de plus en plus humain. C’est, en réalité, la rencontre de l’humain en nous-mêmes, ce qu’Emmanuel Levinas appelle un « autrement qu’être », c’est-à-dire le dépassement des seules pulsions du vivre pour accéder à un plus haut degré de conscience ; l’acceptation de ce qui, de Kant à Paul Ricoeur, est en l’être humain une injonction à la conscience et à la responsabilité et qui ne nous place pas devant le choix de nous y soumettre ou pas, mais qui est, bel et bien, un impératif faute duquel il ne peut y avoir d’humanité. Il ne s’agit plus de liberté — car comme disait également Emmanuel Levinas : « la responsabilité que j’ai d’autrui vient d’en deçà de ma liberté » — il s’agit d’une transcendance et, j’ajoute, pour moi, d’une transcendance propre à l’humain même si pour certains cette transcendance viendrait d’ailleurs. Mais, peu importe, en effet, puisque c’est bien moi être humain qui trouve cette injonction en moi-même lorsque je tente, dans la méditation ou dans le dialogue, de comprendre quelle est ma place et pourquoi je suis au monde car, même dans la solitude la plus profonde, je ne saurais être ailleurs que parmi les humains ni être autre chose qu’un humain.
La foi, en ce domaine, peut être pour certains un secours. Mais cela n’est nullement obligé. C’est pourquoi, le droit humain laisse à chacun de ses membres toute latitude quant à ses options spirituelles.
La liberté de conscience est un autre principe intangible dans l’Ordre qui se définit comme adogmatique et qui laisse chacun libre de ses opinions philosophiques ou religieuses, pourvu qu’elles ne soient pas en contradiction avec les principes énoncés dans sa Constitution.
De ce fait l’Ordre fonctionne sur la base du principe de laïcité et a inscrit, précisément, le respect de la laïcité dans sa Constitution.
Il faut bien rappeler que la laïcité n’est pas une option spirituelle, mais un principe d’entente entre les humains, principe qui permet à chacun de choisir d’avoir une religion ou de n’en avoir pas sans craindre qu’une autorité quelconque ou qu’un groupe quelconque vienne lui en demander compte. Dans une société laïque, chacun est comptable de ses actes au regard de la règle commune et non des choix qu’il fait dans l’intimité de sa conscience.
La conséquence en est que le travail en loge est libre dans la limite du respect des principes de l’Ordre fondés eux-mêmes sur le respect de la vie, le respect de la dignité humaine et le respect de la liberté de conscience. Ce sont donc des principes ouverts sur l’élévation morale et spirituelle en dehors de toute codification imposée. Ce sont donc des principes qui n’établissent aucune hiérarchie entre les choix faits par les uns et par les autres, pourvu, une fois encore, que ces choix soient faits dans cet esprit d’ouverture et d’élévation morale.
C’est pourquoi, si, à l’image des loges des maçons opératifs du Moyen Âge, les loges bleues du Droit Humain fonctionnent sur trois degrés que l’initié est appelé à franchir successivement de l’apprentissage à la maîtrise, il est bien évident que ce n’est pas au travers de la connaissance d’un catéchisme que s‘effectue cette progression. Elle procède du travail sur les symboles que constituent les outils du maçon dans le respect de la liberté d’opinion de l’initié et grâce aux conseils avisés et prudents des maîtres. Si, dans une loge, les choses n’en allaient pas ainsi et que, par exemple, on tentât d’imposer une parole qui ne fût pas une libre expression, alors, il reviendrait au Conseil National de rappeler les principes de l’Ordre. Un tel fonctionnement serait de nature quasiment sectaire et donc inacceptable. Il ne saurait y avoir de détenteurs d’une vérité dogmatique dans un Ordre qui place la liberté de conscience parmi ses plus hautes valeurs.
C’est au nom de ce principe que le Conseil National a pris position en réaction aux propos tenus, au nom de la France, par son plus haut représentant, au sujet de la religion et de la laïcité, propos dans lesquelles le Conseil National de la Fédération française de même que tous les frères et sœurs qui y ont réagi, ne pouvaient reconnaître les valeurs de l’Ordre auquel ils appartiennent.
Ainsi, de la base au sommet, du plus humble de ses membres au plus haut de ses dignitaires, dans la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain, toute l’activité, tout le travail effectué, toute la réflexion conduite, toute la parole produite, repose sur les valeurs de l’Ordre et chacun s’efforce de les faire vivre et de les mettre en actes dans un souci de cohérence, dans un effort de construction humaniste, à la recherche d’un sens, d’une orientation de l’être humain vers le progrès de l’Humanité.
C’est un progrès qui passe par la connaissance de soi, par la reconnaissance de l’autre, par l’implication dans tout ce qui contribue à la construction d’une société libre dont tous les membres sont égaux en droits et en fait. Fraternellement unis, ils cherchent ce qui permet de vivre ensemble d’une façon qui offre à chacun le meilleur épanouissement possible.
Actualité du Droit Humain International
par Yvette Ramon
L’une des originalités du Droit Humain est l’internationalité ; s’il est vrai que des obédiences s’essaient à être internationales, le Droit Humain a une expérience en la matière qui est centenaire, et bien rôdée.
Notre Ordre est présent dans une bonne soixantaine de pays et dans tous les continents, ce qui montre par là l’universalité du message maçonnique malgré les différences de traditions culturelles. Le Droit Humain a tenu à Paris, du 17 au 20 mai 2007, son 13° Convent International.
Le Convent International, c’est la réunion, maintenant tous les 5 ans, de tous les délégués, membres du Droit Humain, élus par leurs fédérations et juridictions respectives. On y parle toutes les langues, mais les travaux se feront en français, la langue des fondateurs, en anglais, et en espagnol simultanément.
Le Convent International a pour mission d’élire un nouveau Suprême Conseil, c’est-à-dire le gouvernement, l’exécutif de l’Ordre, et un nouveau Président, le Grand Maître. Mais il a aussi pour tâche d’examiner et de voter sur des modifications à l’ensemble des lois internationales de l’Ordre, leur mise en conformité avec le droit international, ce qui, soit dit en passant, montre bien que nous sommes très soucieux de vivre dans le monde selon les principes démocratiques, humanistes et laïques que mes deux prédécesseurs, ont développés.
Nous entendons et débattons également de la question internationale, étudiée par nos Loges dans tout l’Ordre, et dont l’examen et la synthèse montrent toutes les facettes de la pensée humaine et les préoccupations humanistes de nos Frères et Sœurs dans le monde.
Notre structure originale présente plusieurs intérêts
Le premier c’est de, non plus côtoyer, mais apprécier nos Frères et Sœurs en humanité, en travaillant ensemble à un même but, celui défini dans les principes de notre constitution, car ils sont l’équivalent bien antérieur, puisqu’ils ont plus d’un siècle, à la déclaration universelle des Droits de l’Homme.
Le deuxième, c’est d’avoir, non pas une vue franco-française de la pratique maçonnique mais une vue diversifiée, ainsi qu’une approche plus complète des moyens que nous utilisons, de par la diversité des cultures dont sont issus nos Frères et Sœurs. Le Droit Humain va prendre en compte toutes ces diversités, mais il est d’abord uni par ses buts, par ses principes, sur lesquels nous prêtons serment, que ce soit en Finlande, en Espagne, en Colombie, en Australie, en Afrique du Sud ou en France.
Le troisième, c’est que nous avons, par delà les différences linguistiques et culturelles, un langage commun : nous utilisons, pour la grande majorité d’entre nous, avec les variantes inévitables, la même manière de travailler, le même Rite qui prend en compte les différentes traditions dont nous sommes issus sans qu’aucune ne prenne le pas sur l’autre, et nous ne sommes pas dépaysés lorsque nous voyageons dans l’une ou l’autre de nos Loges.
Le développement actuel de l’Ordre
Il nous faut considérer que la Franc Maçonnerie libérale n’a pas été, n’est toujours pas tolérée dans certains pays, et que, sous tous les régimes totalitaristes, les Francs-Maçons ont été et sont toujours traqués. Depuis la chute du mur de Berlin, la Franc Maçonnerie a repris ses activités, mais nous sommes bien conscients que les Maçons d’autrefois ont disparu et que la Maçonnerie doit se reconstruire petit à petit.
Un exemple : le Droit Humain était présent et florissant en Bulgarie avant la dernière guerre mondiale, mais complètement anéanti pendant les 50 années qui ont suivi. Il s’est reconstruit au début dans une quasi clandestinité, et ce sont nos Frères et Sœurs grecs qui ont aidé à faire les premiers pas. Maintenant, la fédération bulgare est riche de plus de 200 membres, elle a organisé l’ année passée un colloque à destination des Maçons du Droit Humain des pays de l’ancienne Europe de l’Est aux fins d’évoquer et de résoudre les problèmes spécifiques qu’ils peuvent rencontrer.
Le Droit Humain se développe également très bien en Amérique du sud : Brésil, Chili, Colombie, Uruguay… les problèmes ont une origine commune avec ceux des pays de l’Europe centrale (régimes autoritaires, grande pauvreté de la population) et nos Frères et Sœurs doivent faire face avec un grand courage. Là bas aussi, un colloque annuel réunit nos Frères et Sœurs d’Amérique du sud afin qu’ils ne se sentent pas isolés, et qu’ils examinent les problèmes qu’ils peuvent rencontrer, et les soumettre éventuellement au gouvernement de l’Ordre.
L’Afrique accueille aussi le Droit Humain qui connaît un développement satisfaisant, malgré les difficultés dues aux troubles politiques et à la pauvreté de la population.
Les pays de forte présence des églises de toutes confessions sont pour l’instant des terres où le Droit Humain, comme toutes les obédiences maçonniques, se développe plus difficilement. Ce ne sera pas un scoop de vous dire qu’en Iran, nous ne sommes pas les bienvenus. Seuls, dans les états de population musulmane, le Maroc et le Liban ont accueilli une loge du Droit Humain, et nos Frères mais surtout nos Sœurs y sont des pionniers courageux. L’Espagne et le Portugal, soumis à une forte influence de l’église catholique romaine, et sortis de leurs régimes dictatoriaux, voient maintenant le Droit Humain se développer : la fédération espagnole existe depuis 2001 et la fédération portugaise a été formée en décembre dernier.
Comment sommes-nous organisés ?
Dans chaque pays qui compte plus de 100 Frères et Sœurs du Droit Humain, et au moins 5 Loges, il y a une fédération indépendante du point de vue de son fonctionnement interne. (19)
Lorsqu’il y a moins de cet effectif de membres et de Loges, c’est une Juridiction qui est administrée directement par le Gouvernement de l’Ordre, c’est-à-dire le Suprême Conseil, avec un délégué dans le pays. (9)
Quand il n’y a qu’une Loge, donc un nombre moindre de membres, cela s’appelle une Loge pionnière, relevant directement du Suprême Conseil. (20)
Le tout est chapeauté par le Suprême Conseil, qui est l’exécutif de l’organisation, et qui assure la gestion de l’Ordre entre deux convents internationaux.
Vous savez maintenant beaucoup sur notre Ordre, sur notre engagement, sur notre philosophie générale, sur notre implantation, et tout ce qui vous a été dit vous permet de nous situer un peu mieux dans le paysage maçonnique français et mondial.
Cependant, l’essentiel, nous ne pouvons vous le transmettre, non parce que le Droit Humain serait secret, mais parce que le chemin de chacun reste intransmissible, car très personnel, bien que fait obligatoirement avec les autres à l’intérieur de nos temples : l’expérience, tous les vécus personnels, les aspirations, l’éducation, la personnalité, les orientations, le ressenti, l’appréhension de la méthode, tout cet ensemble forme une diversité qui ne se fond jamais dans une unicité de pensée. Nous sommes riches de nos diversités, de notre trans-communautarité, de notre travail à un idéal commun dans le respect absolu de la liberté de chacune de nos consciences.
Autrefois, les Francs-Maçons étaient craints parce qu’on leur prêtait par ignorance des desseins occultes ; nous préférons être respectés, voire rejoints parce que notre comportement se doit d’être exemplaire dans notre vie personnelle et dans notre contact quotidien avec les autres.
Chacun d’entre nous acquiert des connaissances réunies sous une étiquette généraliste de sciences humaines, des savoir-faire, mais surtout des savoir-être : il apprend à écouter vraiment, à garder sang-froid et objectivité dans les débats, à découvrir une fraternité authentique, ferment et art de vivre dans le monde que nous appelons profane.
La Franc-Maçonnerie que nous pratiquons ouvre la vie, fait de la vie. Elle est prise de conscience de la condition humaine, et notre devoir est de construire l’environnement humain qui nous est accessible.
Travaillant sur un matériau changeant, fragile, que ce soit ici à Marseille, ou à Tokyo et à Tel Aviv dans les prochains jours, à Los Angeles, à Prague ou à Dakar, nous savons que le travail que nous avons entrepris est loin d’être accompli : cet adjectif n’est d’ailleurs pas dans notre vocabulaire, et s’il faut bien apporter une conclusion qui ne sera que momentanée afin que nous réservions une bonne partie de cette soirée aux échanges, c’est un Franc-Maçon chilien, qui n’était pas au Droit Humain, qui me l’apportera :
Salvador Allende disait, quelques jours avant sa mort tragique en septembre 1973 : ‘’Il n’y a pas de situations désespérées, il n’y a que des imbéciles qui s’adonnent au désespoir.’’
Allocution finale
Présenter, en quelques minutes, « L’IDEAL du DROIT HUMAIN », c’est assurément prendre un risque.
La pensée se construit, mieux se fonde, à partir d’un effort pour dépasser le réel et s’inscrire dans le mouvement, mieux dans un réel devenir. Encore faut-il ne pas se couper de la réalité ! Une pensée sans réalité peut engendrer des dérives qui pourraient devenir préoccupantes.
Si nous voulions caractériser l’essentiel de notre message, nous pourrions, en guise d’introduction, proposer simplement ces quelques phrases : …le travail maçonnique, au sein du DROIT HUMAIN, est une œuvre permanente de construction, celle de l’être humain, celle du progrès de l’Humanité.
Les principes, affirmés par le DROIT HUMAIN, toujours présents dans notre Constitution Internationale, ont été rédigés à la fin du 19 siècle.
Aujourd’hui, 15 mars, au moment où à l’occasion de la « journée internationale des femmes », les portraits de neuf d’entre elles, parmi les plus emblématiques des luttes pour l’égalité, ont été affichés sur la façade du Panthéon, nous ne craignons pas d’affirmer notre fierté de relever celui de notre Sœur Maria DERAISMES, cofondatrice en 1893 de la 1ère loge maçonnique mixte prônant l’égalité des hommes et des femmes, « LE DROIT HUMAIN ».
1893 … 2008…115 années nous séparent des premières initiatives prises par nos deux principaux fondateurs Georges MARTIN et Maria DERAISMES.
Etaient-ils des « utopistes » en proposant des principes toujours actuels ?
Citons, sans nous livrer, dans ce cadre, à une lecture précise :
Affirmation de l’égalité des deux êtres humains, l’Homme et la Femme,
Construction d’une justice sociale…dans une Humanité fraternellement organisée,
Travail à la recherche de la Vérité,
Réalisation du maximum de développement moral, intellectuel et spirituel...
Etaient-ils des « utopistes » quand ils affirmaient :
à propos des devoirs de la femme envers elle-même : « développer ses facultés supérieures et étudier les questions avant de porter un jugement et être soucieuse de sa dignité » (Maria DERAISMES)…
à propos de la place des femmes dans la société : « l’infériorité de la femme une fois décrétée, l’homme s’est emparé de tous les pouvoirs…Il s’est imposé comme maître et chef » (Maria DERAISMES)…
à propos de la singularité de la femme : « en réalité, la femme est une force. Moitié de l’humanité, si elle se confond avec l’autre par des caractères généraux et communs, elle s’en distingue par des aptitudes spéciales, une puissance…qui forment un apport essentiel et indispensable à l’évolution intégrale de l’humanité »(Maria DERAISMES)…
à propos de l’évolution de la Franc-maçonnerie : « il ne suffit pas que la Franc-maçonnerie s’occupe d’émanciper l’homme, il faut qu’elle travaille simultanément à l’émancipation de la femme, si elle veut aboutir à l’émancipation de la femme » (Georges MARTIN)…
En résumé de cette présentation rapide des premiers éléments de notre idéal, inscrivons dans notre mémoire que « le DROIT HUMAIN de Maria DERAISMES et de Georges MARTIN est né de l’affirmation que la femme et l’homme doivent s’émanciper ensemble et vivre cette émancipation dans la mixité ».
En ce sens, ils ont été de véritables « idéalistes/réalistes » en « pensant, dès leur époque, que des hommes et des femmes, capables de développer leurs valeurs humaines grâce aux confrontations, n’avaient aucune raison de craindre le travail, la convivialité et la fraternité dans la mixité ».
Ici, nous sommes au cœur des fondements de notre « idéal ». En créant les conditions pour proposer, aux hommes et aux femmes, un même parcours initiatique, les conditions étaient remplies pour envisager un véritable lien entre l’idéal et la réalité, à savoir, la possible traduction, dans une action efficace, du souci d’amélioration de la condition humaine.
Certes, nous ne pouvons ignorer que le siècle dernier a vu se dérouler des évènements en tous genres et sous tous les aspects politiques, sociaux, économiques, scientifiques et technologiques.
Certes, nous devons prendre garde de ne pas confondre le cheminement maçonnique offert par le DROIT HUMAIN avec certaines déviations qui pourraient devenir dangereuses. La Maçonnerie n’a pas de révélations à faire. Elle n’a pas à enseigner des vérités absolues. Elle demande, à chacun d’entre nous, de travailler suffisamment pour être en mesure de combattre l’affairisme, l’obscurantisme et le fanatisme.
Au cours de ces 115 années, de multiples réflexions, élaborées au sein de nos Loges, ont certainement permis de rendre plus perceptible l’évolution de la traduction concrète de notre idéal. Citons, parmi les rapports de synthèse, rédigés et présentés dans nos Convents depuis 1907…les préoccupations à caractère social telles que : « la construction de l’Europe » - « le partage du travail » - « les Droits de l’Enfant, la maltraitance, le travail forcé » - « les violences faites aux femmes » - « les âges de la vie et les réflexions morales qui s’y rattachent » - « le respect de la vie » - « les manipulations génétiques » …mais aussi : « les progrès des sciences et des techniques et la recherche d’une éthique nouvelle » - « les manipulations de la pensée »…
Il est impossible, et cela serait d’ailleurs fastidieux, de citer tous les supports concrets qui ont permis et permettent toujours aux femmes et aux hommes, œuvrant au sein de nos Loges, de caractériser leur engagement de Franc-maçon, non dans l’abstrait, mais en tenant compte de l’évolution du monde et de notre organisation qui se veut avant tout collective et initiatique.
La tradition s’inscrit dans le suivi de l’œuvre féconde de nos fondateurs, sans chercher à bouleverser le caractère original de nos structures.
En privilégiant le possible envol de la pensée dans la recherche, notre idéal demeure valable autant sur une voie qui assurerait le développement spirituel …la voie spiritualiste peut-être - que sur une voie qui assurerait une évolution sociale et intellectuelle – la voie rationaliste peut-être …
Il serait cependant hasardeux de séparer ces deux voies. Nous nous inscrivons réellement dans la visée et la réalisation d’un objectif dynamique que nous pourrions rédiger ainsi : « éclosion de la plénitude individuelle et transformation sociale et pacifique de l’humanité » (Marc GROSJEAN)…
En termes explicites, retenons : le but, proposé au DROIT HUMAIN, est la progression du Frère et de la Sœur …c’est le travail au sein des Loges…et la progression de la société humaine…c’est la poursuite du travail hors de la Loge…
Le devoir de notre organisation est d’offrir les conditions pour, quel que soit le degré de développement ou de perfection atteint, nous puissions chercher toujours à aller plus loin. Tel est le sens d’une autre caractéristique du DROIT HUMAIN, la « continuité initiatique ».
Et, peut-être, pourrons-nous alors, chacun et chacune d’entre nous, « transporter, à l’extérieur, l’esprit qui a imprégné nos travaux : l’humilité, la discrétion et la responsabilité » (Question internationale 2007)…Ce sont aussi d’autres facettes de la réalisation de notre idéal.
En guise de pré-conclusion, arrêtons-nous quelques instants sur le monde d’aujourd’hui et nos démarches actuelles.
Le Franc-maçon du XXIème siècle, plus encore que celui du XIXème siècle, est confronté à de profondes mutations. La mondialisation de l’information, le développement très rapide de tous les moyens de communication, la mise à la disposition de toutes formes de savoirs avec les nouveaux supports informatiques, l’inquiétude liée à la montée des fanatismes et des intégrismes…nous obligent très certainement à construire plus finement notre lucidité pour faire face aux contradictions, aux pièges…et déceler les enjeux. Rien n’est simple et rien ne sera simple.
Retenons, ici encore, quelques belles images relevées dans des écrits du DROIT HUMAIN :
« ce qui est important, dans une vie, ce n’est pas le sexe…c’est le combat, c’est d’être une force en mouvement… »
« nous sommes des sourciers à la recherche de sources souterraines…Notre recherche aura pour finalité de retrouver les eaux vives… »
Dans notre Ordre Mixte « nous ne construisons pas en différence mais en osmose…impossible de construire sans les deux partenaires…L’œuvre a besoin de tous sans distinction…Il y a rassemblement autour des idées… »
Alors, comment pouvons-nous éviter de figer, à travers un discours rassurant, les lignes directrices de notre Idéal ? Peut-être, faudrait-il favoriser une approche qui confirme que rien ne peut être définitivement établi… C’est le sens de cette « force en mouvement »… « de l’image du sourcier » « de la construction en osmose »…Bref, nous avons très certainement à poursuivre sans relâche les interrogations sur nous-mêmes et sur la société…
Nos principes, inscrits dans notre Constitution Internationale, demeurent inscrits dans le marbre. Mais nous tentons d’agir de telle sorte que notre volonté préserve toute notre capacité de questionnement et de doute.
Dans un rapport présenté à notre Convent en 1993, nous avons relevé :
« Nous restons et demeurons Francs-Maçons
Parce que l’erreur fait partie de l’Initiation au métier d’homme ou de femme, et parce qu’elle engendre la modestie et la sagesse,
Parce que les obstacles, s’ils ne sont pas insurmontables, augmentent le dynamisme et stimulent l’énergie,
Parce que le doute est la meilleure incitation à la recherche permanente qui seul conduit vers la Vérité et parce que c’est le fondement raisonnable de la Connaissance »…
En conclusion, nous pensons que notre Idéal, élaboré et construit par ceux et celles qui nous ont précédés, demeure toujours d’actualité. Pour le rendre toujours présent et attractif, nous avons à prendre conscience de ce que sa valeur ne tient pas dans les idées et dans les opinions mais dans la capacité de les mettre en œuvre.
Une tâche sans fin, certes, mais qui nous fait choisir comme outil suprême, l’espoir, mieux l’espérance. Celle-ci demeure la cause et la conséquence de notre participation à l’œuvre de construction face aux problèmes actuels.
S’il fallait encore retenir quelque chose …nous vous proposons ceci :
« Dans le Préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, il est dit que ces droits de l’homme sont un idéal à atteindre et non pas déjà un aboutissement…C’est un perpétuel combat qui postule un effort incessant » (Colloque 2005)
Dans le Préambule de notre propre Constitution Internationale, il est dit que « les Francs Maçons du DROIT HUMAIN se déclarent fraternellement unis dans l’amour de l’Humanité … »
Nous sommes en droit d’estimer et de proclamer que la Franc-Maçonnerie, le DROIT HUMAIN en particulier, ont un rôle à jouer dans la construction commune des hommes et des femmes…afin d’atteindre le cœur de ce qui constitue l’humanisme.
Là, est l’essentiel de notre Idéal.