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BIOETHIQUE AU DROIT HUMAIN Entre symbolique et social
 
BIOETHIQUE AU DROIT HUMAIN Entre symbolique

L’année 2009 est, en France, celle de la tenue des états généraux de la Bioéthique, en vue d’une révision de la loi de 2004. Ils doivent se conclure le 23 juin 2009 par un colloque national, en présence du Président de la République. Ils constitueront ainsi un point d’appui à l’élaboration éventuelle de la nouvelle loi. Au delà de la réponse immédiate qui pourrait être faite à l’actualité, le Conseil National de la Fédération Française du Droit Humain a choisi de créer une Commission de Bioéthique. Son objectif est de permettre à la Fédération de s’exprimer sur la bioéthique à la lumière de ses valeurs et de sa démarche initiatique. Ce premier texte présente une mise en perspective de nos valeurs avec la bioéthique et expose notre démarche de réflexion sur les sujets d’actualité.

VALEURS DU DROIT HUMAIN ET BIOETHIQUE

La bioéthique représente la partie de l’éthique qui, aujourd’hui, concerne les sujets relevant des sciences et technologies du vivant. Notre réflexion partira de l’éthique pour approfondir le cas particulier de la bioéthique. Quelle différence faisons-nous entre éthique et morale ?
L’étymologie ne permet pas de faire la différence. Mais on peut dire que, dans le champ du bien et du mal, là où la morale commande, l’éthique recommande. Contrairement à la morale, qui se situe du côté des normes héritées, l’éthique se trouve du côté des normes en construction.
Les valeurs éthiques évoluent en fonction de l’époque dans laquelle nous nous situons. Elles ne peuvent pas être des réactions guidées par nos états d’âme en réponse à des sujets d’actualité. La Franc- Maçonnerie, par sa démarche initiatique, sa méthode de transmission, ses valeurs humanistes, son rapport au temps tout à fait particulier et sa réflexion progressive, peut contribuer à éclairer les problèmes posés par l’éthique. La bioéthique a pour enjeu de définir, au fur et à mesure des progrès de la science et de la médecine, des règles éthiques permettant de suggérer ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas, sur des questions aussi essentielles que la filiation, la naissance, la souffrance, la maladie, la mort, l’identité et la différence, voire la valeur des êtres.
Ainsi, en tant que Franc-Maçon, nous devons nous poser, de façon continue et incessante, la question de savoir ce qu’il en est de nos valeurs face aux progrès de la science qui permettent de reproduire ou de modifier des lois biologiques existantes dans des contextes qui dépassent parfois les lois naturelles. Ce dépassement des lois de la nature nous interpelle aussi du point de vue symbolique et de notre méthode de travail, où ces lois sont un point de référence. Comment la réalisation de tout désir, rendue possible par les progrès des sciences et des techniques, peut-elle se décliner en liberté, égalité et fraternité ?
L’utilisation des progrès scientifiques dans le domaine du vivant remettent en cause profondément la personne dans son intégrité corporelle, mais aussi psychologique, ainsi que la forme de la famille et de la société humaine. C’est pourquoi ils nous obligent à être en marche sur le chemin continu de la réflexion éthique ou plus précisément de la bioéthique, et à revisiter le principe de la dignité de la personne humaine au regard d’autres principes, tel celui de liberté.
Face au choix de l’action à entreprendre, la démarche éthique laisse une place au doute, à l’incertitude. Elle suppose la responsabilité de la décision. Cette responsabilité est obligation de liberté. La recherche du choix qui en découle nécessite de s’instruire et d’instruire les autres sur ces différents éléments. Paul RICOEUR a écrit : « On entre en éthique quand, à l’affirmation par soi de sa liberté, on ajoute l’affirmation de la volonté que la liberté de l’autre soit ». La démarche éthique comme la démarche initiatique nous humanise pas à pas, asymptotiquement, à une vérité jamais définitive.

ENJEUX DE LA COMMISSION BIOETHIQUE DE LA FEDERATION FRANÇAISE DU DROIT HUMAIN

Les membres de la Commission de Bioéthique souhaitent, au cours de leurs travaux, croiser les valeurs de la Franc-Maçonnerie avec les divers points scientifiques, médicaux, juridiques, sociaux et économiques remis en cause ou revisités dans la loi de Bioéthique. S’agissant de sujets complexes, il est besoin de temps pour élaborer une position qui ne soit pas nécessairement limitée à une simple réponse « pour » ou « contre » telle ou telle pratique. Le travail maçonnique relève d’une volonté d’être toujours en réflexion et en mouvement, et non pas seulement dans l’acquisition de connaissances. Il permet de prendre en compte tous les aspects d’un sujet pour dépasser leurs apparentes contradictions. Il s’agit, en ce qui concerne la bioéthique, d’éviter l’écueil d’accepter ou de refuser, par principe, les applications des avancées technologiques.
Dans le monde profane, des instances telles que le Conseil Consultatif National d’Ethique (CCNE) ou le Conseil d’Orientation de l’Agence de Biomédecine réfléchissent aux enjeux sociétaux de la bioéthique. Les membres de la Commission de Bioéthique de la Fédération Française du Droit Humain ambitionnent de proposer des pistes prospectives pour permettre à chacun d’agir en sa liberté de conscience en étant informé le plus largement et objectivement possible. La Commission souhaite en outre, par l’intermédiaire du Conseil National, nourrir le débat, en apportant au-delà de la Franc-Maçonnerie, ses propositions établies dans le respect d’une société humaine librement organisée en fraternité. En effet, la spécificité de notre ordre mixte et international permet des voies originales de réflexion, structurées à l’image de nos sociétés.
Nous serons attentifs à l’évolution de la science ainsi qu’à ses usages. A partir des valeurs qui fondent notre engagement humaniste, nous nous exprimerons sur ce qui nous apparaît compatible ou non avec l’idée que nous avons d’une humanité où chacun se voit reconnaître des droits fondamentaux inaliénables.

La Commission de Bioéthique du Droit Humain réalisera, au cours de ses travaux, un suivi des sujets d’actualité concernant :
 la gestation pour autrui,
 la procréation médicalement assistée (fécondation in vitro, diagnostic préimplantatoire…),
 la médecine prédictive (tests génétiques, susceptibilité aux maladies…),
 la médecine régénératrice (cellules souches),
 le prélèvement et la greffe d’organes, les organes artificiels,
 la fin de vie.

La Commission proposera des textes sur ces sujets permettant une information aussi exhaustive que possible sur l’état des connaissances, en dégageant les enjeux en termes biologiques, économiques sociologiques et philosophiques, ainsi que les avancées et les risques avec une lecture propre à nos valeurs.



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